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L’auto-asservissement

en utilisant un certain nombre d'outils numériques nous participons sciemment de notre propre asservissement

VincentBreton.fr
Aug 20, 20265 min read

ous nous égosillons pour une fuite de données du site des impôts. Mais nous confions nos mails à Google, notre vie à Chat GPT ou à Facebook, nos mensurations et préférences sexuelles à des sites de rencontres, nos performances sportives à l’application dédiée. Un gars fier de lui sur une vidéo YouTube prétend « contrôler (son) WordPress avec l’IA ». On pourra chouiner. C’est déjà un peu tard. Sinon, on peut résister.

On le sait, on dit que c’est pas grave

— C’est chaud, on demande ma sérologie sur Grindr.

— Tu n’est pas obligé de répondre.

Mais, je me suis souvenu alors, il y a près de 7 ans, qu’un bel après-midi en Bretagne, une personne était venue sonner à ma porte m’ayant trouvé grâce à la géolocalisation de l’application. Je ne l’avais pas invitée, je n’avais pas dialogué avec et sa présence n’était ni souhaitée, ni souhaitable. J’ai pu l’éconduire mais si elle avait été plus problématique l’histoire aurait peut-être été différente. Du coup, à l’époque, j’ai désinstallé vite-fait la maudite application d’ailleurs condamnée en Norvège pour mauvaise protection des données personnelles.

Nous avons toutes et tous à un moment de notre vie, subit l’assaut de publicités en rapport avec notre navigation. Ou découvert que Facebook réussissait à nous faire des suggestions de personnes qu’on ne souhaitait pas forcément retrouver avec une sacré capacité à remonter dans le temps. (Si tu les vois, ils te voient.)

Mais les indiscrétions ne sont pas seulement horizontales et permettent des identifications et portraits complets tous azimuts qui ont de quoi faire peur.

Ajoutons les conseils demandés aux IA conversationnelles où des confidences sont échangées et ne croyez pas qu’elles restent sagement entre la machine et vous. La machine s’entraîne, archive, n’efface rien en réalité.

Les empêcheurs de penser et d’agir

Il y a deux façons de nous empêcher de penser et d’agir : le scroll qui retient notre attention dans un défilement aussi infini que vertigineux et les simulateurs conversationnels qui prétendent trouver à votre place la solution à vos problèmes.

Le scroll, le buzz, captent notre attention, favorisent l’émotion, le trouble, la colère, toutes sortes de sentiments excessifs.

Du côté de l’IA, ça semble parfois fonctionner, mais souvent vous auriez pu trouver vous mêmes les réponses à vos questions ou pire, ça engendre d’autres problèmes que vous devez alors résoudre : soit en devenant dépendant, soit en pataugeant pour isoler les paramètres.

J’en ai fait l’expérience : j’ai demandé à « Claude » des bouts de code pour trouver des réponses à des problèmes sur le site. Mais il a fallu souvent que je corrige – donc en perdant du temps- , ou que je retire à cause d’autres problèmes engendrés ensuite. Parce que la machine n’est pas à ma place, ne voit pas tout et puise ses réponses dans des bouts déjà faits ailleurs qui ne vont pas forcément fonctionner et s’emboîter partout tant il y a de paramètres.

Tout ça nous empêche en réalité d’apprendre par nous-mêmes ou en cherchant dans des ressources établies qui restent nombreuses, de prendre de la distance et surtout d’agir avec discernement, en exerçant nos choix propres.

Je pourrais ajouter à l’arrière plan de cette société de communication, les influenceurs et les coachs, les sondages, une bonne partie de l’information dont le but est d’orienter notre façon de penser. Et en général pas pour gagner en autonomie ni en esprit critique.

Comme nous allumons l’ordinateur, nous allumons la télévision. S’il existe un système délétère et s’il est bon de le connaître, il faut ensuite pour sa propre existence se demander si tous ces apports mirifiques de la modernité, dont nombre sont très intéressants, valent qu’on sacrifie notre liberté, notre santé mentale et accessoirement la planète.


Rien ne m’agace plus que le sectarisme. Il n’est pas question de faire la leçon. C’est toujours à moi que je m’adresse en premier nourri de l’expérience. Et je suis allé regarder du côté des ces outils. Ils sont puissants, attrayants, flatteurs. Je me suis émancipé des géants du Web et maintenant je vois, d’abord pour moi-même, que je dois m’émanciper des simulateurs conversationnels et qu’il faut poursuivre le travail qui consiste à savoir répondre à quelques questions :

  • à qui suis-je en train de confier des données personnelles, par moi-même et dans quel but ? Cela pour trier et éliminer ce qui est inutile ou ne regarde pas autrui.
  • est-ce qu’en utilisant un outil numérique, je fais appel à mon propre raisonnement, à mes capacités intellectuelles, à mon intelligence qui n’a rien d’artificiel ? Est-ce que sans refuser la modernité, je me fais assez confiance pour exercer vraiment mon esprit critique ?
  • est-ce que je progresse par cet usage ? Est-ce que j’enrichis mes compétences ?
  • est-ce que souvent je ne saurais pas trouver par moi-même en apprenant, en échangeant avec un autre humain qui serait content de traiter un problème entre humains ? Et sans dépenser des litres d’eau et d’électricité ?

Je reviens un peu sur ce garçon qui sur YouTube se réjouissait de confier les rennes à l’IA pour « contrôler WordPress ». Il ne s’en cachait pas, c’était pour créer très vite et « vendre » des sites performants conçus par l’IA tant dans la forme que pour la production de textes. Et là où c’était dingue, c’est qu’il n’avait aucune préoccupation réelle de la qualité ou de l’origine réelle des contenus, ni même du fait que la mise en forme de l’IA proposée pour un site, serait conformiste, sans intérêt, ni imagination, ni attrait. Voilà une personne qui se prétend experte et apporte sa caution. C’est pour moi bien plus grave que d’être un simple usager.

À un moment donné, il faut choisir.

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