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Le voleur de cahiers (roman)

un très beau texte qui réconcilie avec le roman

VincentBreton.fr
Sep 4, 20263 min read

n roman, enfin ! J’avais besoin de retrouver un roman habité par des personnages que l’on puisse aimer. Pas un roman « concept » autour d’un prétexte, mais un texte humaniste. « Le voleur de cahiers » est un beau texte de Gianni Solla.

Italie

Nous avons eu la collaboration, l’Italie a eu Mussolini. L’histoire commence pendant la guerre dans un pays où le narrateur n’est pas confronté à une seule langue mais à trois. Le patois du village, la langue Napolitaine, l’Italien.

On pourrait ajouter aux obstacles de la langue, les barrières géographiques, les barrières sociales.

La pauvreté du village où l’on affiche le portrait du Duce dans les maisons. Le destin d’un enfant, boiteux, éleveur de cochons qui va parvenir à sortir de l’analphabétisme grâce à une rencontre improbable.

Cette Italie qui va sortir de la guerre avec difficultés. Lumière et noir et blanc. Le texte n’est pas sans filiation avec le meilleur du roman et du cinéma italiens. Et le théâtre n’est pas loin. Les images naissent vite.

Traduction

Lise Caillat a traduit le texte de l’italien. La proximité des langues est une chose. La compréhension et l’appropriation des intentions de l’auteur en est une autre. Les dialogues sont nombreux. L’écriture est fluide. Les chapitres sont courts. L’équilibre parfaitement pensé.

Je ne connaissais pas Gianni Solla qui a publié des nouvelles, du théâtre, quelques romans. C’est si j’ai bien compris, la première fois qu’il est traduit en français. On aimerait en savoir plus… Il est né en 1974.

Amour, amitié, initiation émancipation

« La vérité est que les familles sont des endroits dangereux, même si on n’ose pas le dire » dit l’un des personnages.

Je ne vais pas déflorer l’histoire. L’enfance est là et traverse tout le roman. De l’enfant que l’on est, que l’on rencontre, dont on devient le père. Le contexte historique compte mais l’auteur n’en abuse pas. Ce qui importe, c’est comment d’un destin qui semblait tout tracé, un jeune porcher, grâce à l’amitié et à la lecture, puis l’écriture, va pouvoir s’en émanciper.

L’ambiguïté est là. La sensualité évidente, les attirances. Une fille, deux garçons et toute l’ambivalence qui va en découler. Ce qui ne se passe pas compte peut-être plus que ce qui arrive aux personnages, ce qui les relie et les tient tout autant que ce qui va leur permettre de se libérer.

La tendresse de l’auteur pour ses personnages se sent. Il les aime pour leur part d’ombre comme leur ténacité. Il y a « ce qui se répare » et ce qui perdure. Pour mieux dire, on ne s’émancipe pas pour être un autre, mais être soi-même.


Il est rare qu’un roman me fasse verser une larme. J’ai refermé la dernière page ému. On aimerait devenir l’ami du personnage principal… Voilà une écriture qui sait nous réconcilier avec ce qui « boîte en nous » et le possible qui s’ouvre à chacune et chacun d’entre nous.

Un roman qu’on aime vraiment, on ne le raconte pas.

— Si tu as l’occasion, lis-le, tu devrais aimer.

Solla, G. (2026). Le voleur de cahiers. Albin Michel

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