Adelin – épisode 002
Hélène a entraîné son amoureux dans la chambre de son frère (feuilleton n°2)
élène a entraîné le narrateur dans la chambre de son frère, jusque dans son lit…
[retrouvez les épisodes précédents]
Ce n’est pas seulement son lit. Ce sont ses draps, peut-être des draps de plusieurs nuits. Le même sentiment de malaise s’emparerait de moi si je devais revêtir des sous-vêtements déjà portés par un autre.
Hélène qui sent bon, ça n’a pas l’air de te déranger ce brouillage d’intimité. Cette confusion.
Mais je reprends l’initiative et les gestes qu’il faut pour m’oublier un peu dans le plaisir de ta peau et de sa douceur et de son odeur de rousseur. Tu es belle ma petite vagissante, mon ondulante, ma lame lisse, ma bulle, ma dune, louve ronde, lune blonde, je te swingue et ta lèvre perle et tremble.
Je me sentais mieux et bien, ça ne dure pas. Disjoncteur, rupture de fusible. Délire stoppé net.
Un imprévu me fait perdre automatiquement, illico, derechef, de mon assurance virile ; disperse mon élan et me distrait d’Hélène. Je vagabonde et soubresaute avant de chavirer dans le bas-côté. Veuillez nous excuser de cette interruption momentanée de nos programmes… Incident technique.
— C’est quoi ça ?
Au-dessus de la belle extatique, non pas quelques cheveux, mais une mèche entière, abandonnée et très brune, toute brune, huileuse, attachée par une sorte de ficelle de raphia.
Une mèche de cheveux bruns.
Elle a presque l’allure d’un petit animal vivant, un intrus qui nous mate dans notre intimité.
Cette présence étrangère me perturbe, m’indispose. C’est une donnée incongrue. Je ne sais pas comment la traiter. Sans enthousiasme mais avec un souci d’élève consciencieux, je termine de faire l’amour, perplexe, je nage en Hélène sans conviction, les yeux rivés à la mèche brune. Mon désir et mon plaisir se disloquent.
C’est fini, je tiens la mèche à deux doigts : « C’est quoi cette bête ? Cette chose ? Cet étrange animal ? D’où ça vient ? »
Ce ne sont que des cheveux d’Adelin. C’est la réponse qui est tombée de la sage Hélène. En réalité, aucune importance.
Je serre la mèche dans la paume droite et à cette révélation, la rejette sur l’oreiller avec le dédain qui sied à tout mec qui se respecte.
Maintenant la pluie bat les vitres. Ce changement d’éclairage assombrit la pièce et la rend lugubre.
Hélène s’est relevée et se rhabille, elle parle de me conduire dans la buanderie. Faut-il qu’elle ait ainsi tout planifié ?
Ce projet m’est une punition, je vois bien qu’elle est insatisfaite et reconduire le pari dès aujourd’hui est au-delà de mes forces.
Une porte claque en bas dans la maison. C’est le gong qui me sauve. Quelqu’un est rentré !
Hélène debout me prend par la main, mauvais vaudeville et me tire dans le couloir. Trop vite, je n’ai pas resserré la boucle de ma ceinture. Gamine. Mutine. Elle me traîne jusqu’au palier qui domine l’escalier de bois. Il faut que je referme dignement mon pantalon.
En dessous, vue en plongée, sa mère accroche une longue cape au porte-manteau. C’est Madame Élisabeth Taylor, en plus petit, avec une permanente rougeoyante flottant légèrement, ce n’est pas du tout Liz Taylor. C’est toujours et seulement la replète maman d’Hélène. Elle range ses gants et lève la tête parce qu’Hélène se met à rire, pouffe et glousse telle une gosse de dix ans qui joue à cache-cache et ne peut s’empêcher de se dénoncer.
Nous descendons l’escalier. Je ne dois pas avoir l’air très fier. Mes lacets sont défaits.
La mère nous regarde sans surprise. Avec une perspicacité étonnante qui achève de me mettre mal, elle déclare à Hélène qu’Adelin n’aimerait pas trop qu’on visite sa chambre. Elle ajoute que ce n’est pas la plus belle pièce de la maison.
Elle me liquide et me fait rentrer sous terre lorsqu’elle termine en soulignant que la chambre d’amis est bien plus vaste, plus belle, plus confortable et chaude.
« Plus confortable ». Je me sens percé. Je louche vers Hélène que ces sous-entendus ne troublent pas et je me demande alors si la fille ne ferait pas trop de confidences à la mère.
Je pense à ce que nous avons fait il y a deux jours dans la chambre des parents, bien qu’alors étonnamment scrupuleuse, Hélène nous en ait fait changer les draps. Des draps de satin jaune voyez-vous.
Hélène, vraiment très enfantine, excessivement joueuse. Parfois je te voudrais moins entreprenante. Je me découvre piégé à tes paris stupides. Je n’ai pas envie de porter le chapeau.
Heureusement, vient une diversion. Ta mère nous propose de boire un thé. J’adore le thé que vous faites dans cette maison.
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