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La France a besoin d’être écoutée

non la France n'a pas besoin d'être commandée, elle a besoin de dialogue, de responsabilisation, de partage du pouvoir

VincentBreton.fr
Oct 20, 20266 min read

n ancien premier ministre dit que la France a besoin d’être commandée. Par lui de préférence. Hé bien non, la France a besoin d’être écoutée. Sûrement pas d’un « chef ». Il serait temps de changer de paradigme, mais c’est pas gagné !

Si le dialogue avait vraiment été établi, il n’y aurait pas eu de manifestations ou presque

Si les lycéens et lycéennes avaient été reçu·es dès les premières manifestations, si un véritable dialogue respectueux avait été établi, si les revendications avaient été prises en compte, si les lycéens avaient été associés aux prises de décision il n’y aurait pas eu ou peu de manifestations et pas les problèmes qui ont suivi en France notamment avec les débordements du 17 octobre.

Dès lors qu’un mouvement se dessine, au lieu d’attendre au chaud dans leurs préfectures, les représentants de l’État devraient aller à la rencontre des corps intermédiaires et de la population. Cela permettrait d’anticiper les crises au lieu de laisser « les chefs » dans l’illusion que ce ne serait pas si grave.

D’ailleurs, il est étonnant que les chefs d’établissement n’aient pu non seulement faire remonter au ministère des « notes d’ambiance » mais agir localement en ne se réfugiant pas dans la problématique des budgets mais en associant l’ensemble de la communauté éducative. Certes, ils sont contraints par leur hiérarchie dans la logique du « pas de vague ». On peut aussi qu’ils ont a subir la double pression de leur administration et des Régions en charge du bâti. Aujourd’hui, notamment grâce aux réseaux sociaux, les lycéens se parlent d’un lieu à l’autre. Il serait temps de sortir de la logique du XIXe siècle. Tout finit par se savoir. C’est parce qu’on n’a pas écouté tous les signaux, faibles compris, qu’on s’est trouvé dans ces débordements.

C’est l’organisation très hiérarchique de notre société qui est problématique aujourd’hui bien plus que la supposée absence d’autorité. Mais pour en sortir, il faut changer de paradigme et de posture.

Associer la population aux décisions qui la concerne

Il serait temps de moderniser la démocratie dans ce pays. Associer vraiment les citoyens aux décisions c’est favoriser l’autonomie (on parlait même d’autogestion autrefois) et la responsabilisation. C’est dépasser la logique de guichet ou de « c’est celui qui crie le plus fort qui a raison » et s’engager dans un travail collectif, transparent.

Il ne s’agit pas de lancer des référendums chaque matin. Il s’agit de partager le pouvoir, ce qui n’est pas la même chose.

On a souvent moqué la cogestion dans certaines administrations. Pourtant lorsqu’en commission administrative paritaire départementale de l’Éducation nationale les représentants du personnel étaient associés aux opérations de mobilité, de mutation, d’avancement ou de promotion, cela obligeait l’administration à la transparence et la régulation était meilleure. Peut-être bien que le regard sur l’affectation des personnels en charge du remplacement aurait évité le pilotage erratique actuel ?

L’organisation administrative de l’État ne devrait pas être comme une succession d’étapes à franchir, de verrous… mais la possibilité autour d’une question donnée, d’analyser les problèmes pour aider à définir l’intérêt collectif et garantir l’équité.

C’est souvent long, cela suppose du dialogue, de croiser les points de vue, mais c’est autrement productif que des décisions imposées qui appellent à des réactions, des tensions…

C’est vrai, cette logique devrait aussi s’appliquer au monde de l’entreprise. Très souvent des cadres, du personnel « sur le terrain » voient ce qui va coincer et ne sont pas écoutés. Mais la logique économique du profit à court terme, la mise en compétition s’opposent à l’émancipation individuelle telle qu’on peut la voir par exemple dans l’économie coopérative et solidaire. Il arrive même qu’elle nuise au développement de l’entreprise.

Cette logique devrait s’appliquer aussi aux partis de gauche comme de droite qui en sont pour la plupart resté au modèle du « leader » soutenu par des militants.

Il n’est de chef légitime que sur un mandat clair, nécessairement restreint dans le temps. Un « chef » ne doit agir que pour mettre en œuvre des choix collectifs, pas pour penser à la place des gens.

Je pense donc que c’est à cause de l’autorité telle qu’elle s’incarne aujourd’hui, qu’il y a « révolte » de la part d’une population à bout.

Le mythe de l’autorité

Il faut « rétablir l’autorité » disent notamment les soutiens des partis de l’Ordre. La plupart du temps il s’agit d’autoritarisme ou celui-ci viendra vite. Les dérives observées dans le maintien de l’ordre le rappellent.

Notre société notamment en France est très hiérarchisée. En France on a des chefs à tous les étages.

Quand on parle d’autorité, le patriarcat n’est jamais loin. Le chef se croit autorisé de décider à la place de sujets renvoyés à une forme d’incompétence ou de minorité de fait. En réalité un « chef » devrait plutôt être un coordinateur de l’action, aidant à la formulation des difficultés, à leur problématisation et à l’élaboration d’une démarche de résolution. Cela suppose une capacité à construire du consensus et à chaque fois une capacité à partager le pouvoir et les responsabilités.

Si au lieu d’interdire de façon verticale les smartphones dans tous les lycées, on avait confié aux lycéens et aux personnels la réflexion et la résolution locale du problème posé par leur usage exagéré, quitte à associer des experts pour éclairer la prise de décision, on aurait certainement développé d’autres attitudes.

Les meilleurs « chefs » que j’ai connus sont ceux qui ont su déléguer, me faire confiance et me laisser agir plutôt que de me déranger toutes les cinq minutes pour me contrôler. Cette confiance donnée me responsabilisait et m’obligeait.

Un chef que l’on craint en raison de son caractère, de ses formulations, de son jugement descendant finit par être isolé. On filtre pour lui ce qui pourrait déplaire. C’est exactement ce qui se passe avec le pouvoir actuel. Le chef de l’État s’est trop persuadé de savoir ce qui était bon pour le pays à la place des citoyens.

Il ne faut pas penser que l’absence ou la limitation de l’autorité s’opposerait à la bonne organisation et la responsabilisation. Il ne faut pas sous estimer les capacité d’auto-organisation des personnes, dès lors qu’on leur donne la main et les outils. Il ne s’agit pas de laisser tomber toute autorité mais au fond de la partager le plus loin possible, par étape. Les limites, celles de l’intérêt collectif, peuvent se définir dès lors que les valeurs de référence sont clairement partagées. On dit selon la Constitution que la France est une démocratie sociale… mais ce n’est pas mis en œuvre.

Bien évidemment dans un monde en crise comme le notre, on voit bien que rompre avec une vision hiérarchique de l’organisation de la société remet trop de choses en cause pour être acceptée notamment par le pouvoir économique. Malgré la Révolution, l’Aristocratie règne toujours. Elle trouve même dans les colères un excellent prétexte pour renforcer sa pression.

Le premier ministre qui parle de commander le pays et fut connu pour son impéritie au moment de la crise sanitaire, est évidemment doublement mal placé pour se positionner ainsi. Nul doute que son point de vue flattera cependant pour pas cher un pays tenté par les réponses réactionnaires.

Il n’empêche, le dialogue démocratique à tous les étages, le partage du pouvoir et des décisions nous aideraient à avancer…

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