Éloge de la douceur
et la douceur bordel !
ien de plus subversif que la douceur en cette période d’affrontements et d’anathèmes. Pourtant je la vois dans la vie réelle. Elle peut, comme une attention, jouer le rôle de pansement. Comme dirait mon pote Léon, la douceur est une paix désarmante. Et c’est de bienveillance et de douceur dont nous avons toutes et tous besoin.
Perdu pour la patrie
« Perdu » diront les réactionnaires en me regardant navrés dans mon angélisme naïf.
« Collabo ! » diront les sauveurs de l’humanité hissés sur leur barricade. « Tu refuses donc le combat ? »
Le droit de souffler
D’abord chacune et chacun fait bien ce qu’il peut en fonction de ses valeurs et de ce qui lui est supportable, acceptable. La douceur c’est aussi le bon feu partagé avec l’automne qui vient ou le chocolat chaud, tant qu’on peut.
Le bonheur de se relier
Je ne sais pas si vous vivez cela. Avec les images difficiles de ce que nous vivons, que ce soit les proches au téléphone, les voisins croisés ou même les gens dans les commerces, il y a plus que d’habitude ce besoin de se relier à des petites attentions simples, l’art de prendre des nouvelles les unes et les uns les autres, c’est-à- dire d’aller puiser dans le quotidien, dans le présent, ce qui nous est essentiel : le lien humain et avec le vivant.
En ce moment des gens me parlent plus que d’habitude, des gens que je ne connais pas. Comme un besoin de se rassurer. Un peu comme après la pandémie.
On peut penser à la chaleur du feu, ce peut-être la puissance consolatrice de la rivière près de chez moi, la beauté d’un arbre sur le causse, la tendresse de la chatte , l’appel d’une sœur ou d’un ami, les confidences du doux G ou tous ces petits échanges qui émaillent le quotidien. Des presque-rien, de l’ordinaire, du banal. Et c’est doux comme une tartine de beurre. Avec un peu de confiture ?
Prendre soin
Prendre soin de soi, prendre soin des autres. Les vertus du salut, la politesse en art de vivre la délicatesse dans les relations, ces petits échanges prennent soudainement du relief et rassurent et apaisent.
Nous pouvons aller manifester mais en bonne fraternité, loin des coups de matraque, incapables de faire du mal. C’est le lot commun de la plupart des gens. Il faudrait le redire aux préfets et aux journaleux.
Si le monde violent hurle à la télévision, un monde banal et discret travaille à tisser les liens entre humains, sans peur, ni préjugés. J’idéalise ? Pas tant que ça, car notre nature profonde, notre cerveau lui-même, préfère largement la douceur, l’attention, l’écoute, le partage. On sait par exemple que nos mécanismes neuronaux participent eux aussi à cette expérience du réconfort, de l’attention et du lien. Le cerveau s’habitue vite à ce qui est bon pour lui et le met en confiance.
Certains pensent comme des calculettes, d’autres voudraient penser à notre place. Des puissants aiment attiser des guerres pour éviter qu’on ne résolve les vrais problèmes. D’autant qu’ils sont souvent une part non négligeable de ces problèmes. On est gentils, on n’a pas dit niais.
La douceur est pourtant la valeur refuge par excellence, celle qui nourrit la créativité, se délecte du partage et de la coopération.
La douceur en bonne républicaine est du côté de la fraternité, elle aime bien l’égalité et sait que la liberté d’être soi-même est une condition essentielle à ce vivre ensemble qui, contrairement à ce que pensent les grincheux, nous enrichit plus qu’il ne nous mange. La douceur aime bien l’assertivité, elle n’a besoin ni de cocktails-Molotov, ni de grenades pour désarmer. Elle parle assez bien la langue de l’Utopie pour donner des envies de fêtes et d’inventions nouvelles.
Elle est pudique, elle ne complaît pas dans des effusions dispendieuses et exagérées. Mais elle accepte l’autre. C’est ça qu’est chouette !
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