Un sombre pressentiment
Tout est réuni pour que le pire se produise demain 24 octobre
n s’inscrivant dans une logique ultra sécuritaire, en faisant appel à des forces de l’ordre qui ne sont pas habituées à gérer des manifestations, le président de la République prend le risque d’accroître les tensions et qu’un drame humain survienne.
Les piaillements du ministre de l’Intérieur
Quand il s’énerve à l’Assemblée, le ministre de l’Intérieur rappelle ces pères de famille dépassés dont la voix dérape dans les aigus en criant. L’homme dont on n’a pas accepté la démission n’a pas les épaules assez solides pour ce ministère hautement sensible. Alors, ce n’est même plus le premier ministre engoncé dans ses admonestations sentencieuses qui agit mais le président de la République persuadé d’être indispensable.
L’ennui c’est qu’il ne change pas de logiciel et que les mises en scène de concertation avec les syndicats et la classe politique ont fait long feu. Il recevra les lycéens bientôt. Pour leur faire la leçon ?
La stratégie du pire
On ne décrète pas l’État d’Urgence mais on fait appel à nombre de ses leviers. Avec la complicité passive des médias on a totalement occulté les manifestations pacifiques et leurs revendications pour ne plus y voir qu’un danger.
En convoquant des effectifs accrus de forces de l’ordre qui elles mêmes portent des revendications, en interrompant des congés, en faisant venir des forces spécialisées pour tout ce qui ne concerne pas les manifestations, en mobilisant l’armée, le tout sans définir publiquement une stratégie, tout est fait pour crisper et énerver.
Il y a visiblement un problème avec le renseignement intérieur.
Il faut se souvenir de la réorganisation du renseignement intérieur due à un certain Nicolas Sarkozy en 2008. Cette réorganisation partiellement modifiée a été largement critiquée parce qu’elle a diminué la qualité du maillage permettant une bonne connaissance du terrain.
Réprimer plutôt que prévenir, exiger des partenaires politiques et sociaux « qu’ils choisissent leur camp » plutôt que de les écouter, c’est la stratégie d’un gouvernement englué dans tous les vieux réflexes du patriarcat. On ne dit plus « la chienlit » mais « le chaos » oubliant d’ailleurs que c’est du chaos que surgissent les premières puissances fondatrices !
Cassandre
Même l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve peu connu pour être un dangereux gauchiste, a rappelé les limites du droit. Interdire une manifestation doit se fonder sur des arguments solides. Il n’y a pas que les manifestations organisées par les syndicats qui soient légitimes.
Les médias en embuscade attendent le pire et s’en délectent d’avance. Seuls la pluie et le vent attendus sur certaines régions sont le véritable espoir du gouvernement pour doucher littéralement l’énergie des manifestants.
En réalité tout est là pour énerver celles et ceux qui voudraient attiser le combat, se poser en héros virilistes de part et d’autre. Quelques crétins, un drame, cela pourra suffire pour allumer la mèche.
Car tout est là dans cette crispation accrue pour que la maîtrise des nerfs insuffisante déclenche le mauvais réflexe, qu’un accident se déclenche et qu’une personne meure.
S’il y a un mort, alors l’extrême droite qui se frotte déjà les mains de ces points dans les sondages gagnés sans efforts pourra exulter : la bordélisation risquera d’être incontrôlable.
Il suffira pourtant qu’un tireur d’élite prenne une initiative de trop, qu’un sombre idiot se croyant de gauche tue même sans le vouloir un policier, alors le pays déjà divisé s’en remettra comme toujours au parti de l’Ordre.
Ce n’est pas juste la carrière déjà compromise du ministre de l’Intérieur qui se joue. Le Président de la République dont beaucoup avaient prédit qu’il ne terminerait pas son mandat perdrait la main et surtout pour le coup nous engagerait vers de sombres voies incontrôlables…
Il y avait pourtant pour ce gouvernement sans majorité, affaibli, le chemin possible de la désescalade, de la négociation, de moratoires, d’états généraux et de décisions partagées. Mais non, le pouvoir préfère remettre le pays à l’extrême droite pour préserver les avantages d’une poignée de nantis. Ce niveau d’incompétence, d’impéritie, d’incapacité à comprendre les crises, ce n’est pas seulement de l’irresponsabilité. Cela porte un nom. C’est de la connerie pure.
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