Ce besoin de réfléchir seul
c'est ici votre domaine de joie (Bertin)
près la foule d’hier, j’avais ce besoin d’aller seul. L’occasion d’aller saluer le vieux chêne. Puis de marcher un peu plus loin. Avant de réfléchir, il faut se plonger dans la marche, dans l’instant présent. Puis on peut penser.
C’est ici, votre domaine de joie
Je marche…
Je respire…
Je me tais.
J’écoute les feuilles des arbres dans ma tête,
parfois on ne fait qu’un avec sa vie, on s’assied
Parmi les choses de la terre comme dans le fond d’une journée
tiède quelque part loin derrière les collines assommées de l’été
on est soi-même la pomme et le blé l’odeur du foin coupé
on est dans une ride du sourire de la Terre
on est sur le palier de l’éternité on va frapper.
Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine ou chante l’oiseau
Ce texte est extrait de la chanson de Jacques Bertin.
On peut écouter la chanson là (en cliquant). Et je suis triste de découvrir que le poète a fermé son site depuis qu’il a pris sa retraite…
La chanson me revient souvent quand je me retrouve ainsi dans la nature.
Alors on se retrouve
On est juste soi-même dans cet espace, submergé de beauté. Nul besoin de paraître. Il suffit de laisser porter le regard et d’écouter. Car contrairement aux préjugés la nature n’est pas silencieuse.
Sur le Causse, le lieu est assez mystique pour me relier à ce qui compte. La présence des arbres m’aide à me retrouver, à me relier à ce que je suis. Je m’inscris dans le paysage et je retrouve les pas du petit garçon qui allait à sept ans explorer la sente derrière la maison. Je marche encore et je suis l’adolescent qui divaguait dans les collines de Provence.
Quand je marche dans la nature, je me retrouve dans tous les âges de ma vie, à la fois le même, à la fois nourri de l’expérience de la vie.
Réfléchir
Ce serait si c’était possible, parvenir à faire de la lumière avec sa pensée.
Mais avant cela, il faut se laisser traverser. Laisser le bruit énervé de la vie, les peurs, les détestations toxiques et se saluer à l’intime. Prendre des nouvelles de soi et se demander :
— Alors de quoi voulais-je me parler déjà ? Des inquiétudes pour le monde ? De la crainte de vieillir ? Non pas mentalement, mais physiquement, que le corps ne se dérobe tout à fait.
Il y a ce qui change au dehors, ce qui change en dedans. Ces dernières fois comme des verrous qu’on tire. Parfois, on est injuste avec soi-même, on s’empêche.
Dans une vie, ce qui est ennuyeux, ce n’est pas ce qu’on n’a pas fait ou pas réussi, c’est ce qu’on s’est empêché de faire.
Je tiens dans la paume de ma main, plus brûlant et coupant que le cristal d’un diamant, ce qui n’est rien d’autre que ma Liberté. Peut-être un jour me coupera-t-elle les veines. Mais ce serait pour signer quelque chose d’utile, d’important.
Quand on veut réfléchir, c’est comme lorsqu’on cherche l’inspiration. Ça ne vient pas. Quelque chose s’autocensure qui a pour nom le désir.
Ce n’est pas de la concupiscence, c’est oser. Oser prendre sa place dans le paysage. Juste comme ça, sans bruit.
Il ne faut rien forcer mais chercher l’alignement des planètes et cela ne se peut qu’en cheminant. Il faut marcher pour que la pensée se délie, marcher non pas pour chercher un sens à cette histoire, mais pour lui donner du sens.
Comprenne qui pourra.
Je suis rentré tout plein de joie.
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