Skip to content

J’ai écouté le discours du Bourget

j'ai tout écouté, j'ai pris des notes...

VincentBreton.fr
Nov 7, 20265 min read

’ai pris le temps d’écouter. En entier. Plus construit que le dernier que j’avais eu à entendre, le discours du candidat Mélenchon permettait d’annoncer le programme et d’esquisser une stratégie. Je me suis retrouvé sur certains aspects, d’autres me laissent circonspect.

Une ambiance humaniste

Le meeting était dédié aux victimes de l’attentat raciste de Trappes. Ce 7 novembre 26 était aussi le jour des funérailles de Pengo Bossio Wangi. Il y eut une minute de silence que la salle de 20 000 personnes annoncées sut respecter avec émotion.

L’occasion pour le candidat de rappeler qu’il ferait de l’antiracisme une cause première et que c’est également une affaire personnelle où chacune et chacun doit agir dans sa sphère de proximité.

Le terme de « décontamination » utilisé pour se débarrasser du racisme avait quelque chose du vieux lexique maoïste qui m’a un peu dérangé. Mais bon, il a été lambertiste, pas maoïste…

J’ai plus apprécié l’idée d’engager la révolution culturelle en prenant appui sur le monde de la Culture.

Devant les jeunes très nombreux, il a parlé d’une « crise globale de la civilisation humaine ». Ça me va. Un peu plus problématique l’idée que ce serait aux français de « marcher devant » comme s’ils faisaient partie d’un peuple « exemplaire ».

Mélenchon parle de patriotisme et ne se réfère nullement à un idéal européen qui pourtant permettrait d’articuler fédéralisme et régions puisqu’il évoque les « écos-régions ».

Le ralliement de la majorité des députés communistes

Le candidat Roussel déjà promis à de sombres scores, n’aura pu que marquer son dépit en constatant que la majorité des députés communistes a donc choisi de voter Mélenchon dès le premier tour. Hommage appuyé leur a été rendu.

Derrière, on imagine les frémissements dans d’autres partis de la gauche éclatée « façon puzzle ».

De fait, aucune allusion au PS ni aux autres partis de gauche.

La France en état d’ébullition sociale

Soutien aux lycéens comme aux syndicats. Annonce de la proposition du droit de vote à 16 ans. Le candidat a pu dérouler le fil d’une ambition autour de la « liberté, de l’égalité et de la solidarité ».

Quelques principes ont été rappelés autour de la laïcité, du respect de la République avec a-t-il dit « pour le reste chacun vit à sa façon » et « tu nais ici tu es français ». Si on se retrouve sur le droit du sol, il a manqué le rappel de la possibilité de s’émanciper de son destin, y compris des choix familiaux notamment religieux.

Un programme qui reste descendant

Sans même parler de la faisabilité intrinsèque du programme, là où le mouvement de J.L Mélenchon n’a pas su à mon avis faire sa mue, c’est qu’il propose un programme à prendre dans son ensemble. C’est vrai aujourd’hui encore aucun mouvement politique ne fait assez confiance aux citoyens pour les laisser par eux-mêmes décider des grands choix. On reste dans la verticalité.

Je crois l’avoir déjà dit, on peut avoir des valeurs, des principes, mais c’est surtout d’une démarche associant à chaque étape les citoyens dont nous avons besoin. Rien ne peut plus être imposé par le haut.

Même lorsqu’on évoque la possibilité de révoquer des élus, le risque est grand de sombrer dans une forme de consumérisme et de décourager les vocations.

De grandes idées généreuses comme le 100% Sécurité Sociale avec le droit de vote des adhérents sont très intéressantes, mais il y a loin de la coupe aux lèvres dans un pays très divisé.

Dans tous les cas et c’est en réalité valable pour tous les candidats, il me semble problématique de porter un programme lors de la présidentielle. Il serait mieux de définir quel président on pourrait être. La logique serait de dissoudre le parlement avant la présidentielle (là les partis confronteraient leurs programmes) et de composer avec les forces en présence. Sinon, on reste dans cette logique présidentielle malsaine.

Des choix de politique étrangère qui restent ambigus

La volonté d’aller vers un alter-mondialisme (intéressant) en imaginant un groupe de pays « non alignés » et en occultant une nouvelle fois l’Europe coince vite parce qu’on ne peut fonder ces groupements de façon pérenne en fonction de la couleur politique des gouvernements.

Les annonces de désarmement nucléaire par exemple, sont sympathiques, mais naïves. Qui va commencer ? Qui va vérifier ?

S’il convient que « nous ne serons jamais d’accord avec qui que ce soit envahisse qui que ce soit », le refus de soutenir l’Ukraine reste tout de même problématique. Citant volontiers Trump pour le critiquer, pas une seule fois le nom de Poutine n’a été prononcé. Cet entêtement est ennuyeux. Ce refus de voir comment Poutine considère les pays européens est tout de même un point qui coince lourdement. Rester neutres est un piège dangereux pour notre propre sécurité. Au RN ils sont sur la même logique.

La stratégie des causes communes

Mélenchon la définit autour de deux questions :

« Est-ce que vous identifiez les mêmes problèmes que nous ? « 

 » Est-ce que vous pensez que les solutions sont partagées ? »

J’en aurais une troisième autour de la place effectivement laissée au quotidien à l’ensemble des citoyens pour prendre par eux-mêmes les décisions de la façon la plus autonome et créative possible.

Évoquer une révolution citoyenne quand tout semble déjà scénarisé dans un programme à prendre en entier, ça ne me semble pas à la hauteur des enjeux et guère révolutionnaire en l’occurrence.

On ne peut pas avoir raison tout seul, on ne peut pas concevoir de changer de société sans associer concrètement les citoyens et les corps intermédiaires.

Mélenchon occupe fort bien le vide sidéral laissé par une gauche qui n’a pas travaillé pendant dix ans. C’est ça qu’est triste. Mais pourquoi son mouvement n’a-t-il pas été capable de faire émerger une candidature nouvelle ? On peut aussi se demander sans focaliser sur la personne pourquoi ce manque de confiance en ses propres troupes.


Si je n’ai pas l’aversion de certains, j’ai déjà voté Mélenchon et LFI, je ne peux toujours pas dire ce soir que j’ai un candidat pour le premier tour. L’enthousiasme n’est toujours pas là. Et il risque de ne pas venir.

La seule chose certaine c’est que j’ai toujours voté. Et que je l’ai toujours regretté ! (Sauf pour éliminer l’extrême droite… mais ça ne donne pas beaucoup d’espoir).

Et puis je crois qu’il peut se passer beaucoup de choses d’ici là.

Did you enjoy this article?

Recommend it — Standard Reader surfaces well-loved writing to more readers across the network.

Across the AtmosphereDiscussions