Aomori enneigé et son calme planant
Petit, c'est le 北
uste après un nouvel an 2020 passé à Tokyo (dont je reparlerai sans doute un jour), je me suis saisi le 2 janvier de mon JR East© Tohoku Area Pass™*1 et j'ai foncé vers l'inconnu, puisqu'il s'agit assez littéralement de ma première escapade dans un Japon qui n'est situé dans la région de Tokyo, ni de celle de Kyoto-Osaka. Direction Aomori, la ville majeure la plus septentrionale du Japon qui ne soit pas sur l'île d'Hokkaido, et une ville portuaire donnant sur la grande baie de Mutsu.
Pourquoi Aomori ? Grande question. En vérité ce n'est peut-être pas très choquant si vous connaissez pas le Japon, mais Aomori c'est un peu la zone. On ne peut pas dire non plus que ce soit craignos si je veux continuer à parler comme en 1997, mais ce n'est clairement pas dans le top 10, voire le top 20, voire le top 50 des villes-destinations pour les touristes au Japon. C'est un peu isolé, c'est plutôt froid sans être unique comme Hokkaido, c'est moins riche culturellement (en tout cas pour ce qui a dépassé les frontières), et même au Japon la ville et la préfecture d'Aomori sont vues comme profondément basiques, quelconques, paumées et rurales. Et... c'est profondément ce que je voulais. Non pas m'ennuyer, non pas être à contre-courant, juste aller... ailleurs.
Je ne suis pas un grand fan des foules car je trouve ça un peu oppressant, mais pour autant je ne recherche pas le vide absolu ou la campagne à tout prix. Ce qui fait que j'adore visiter les villes moyennes (à tous les sens du terme) et voir ce qu'elles ont à offrir, car il y a forcément quelque chose. Et là c'était en plus une période propice : l'espoir de voir la neige, en fonçant plein nord début janvier.
L'autre idée bizarre que j'avais eue en voulant partir à l'aventure au nord du Japon, c'est que j'ai pas mal essayé de filmer avec mon téléphone de 2018 pas dingo mes petites aventures. Donc clairement sous-équipé (sans trépied, stabilisateur, connaissances photo, rien), mais avec une motivation étrange de vouloir chroniquer (en parlant à la caméra) des petits trajets avec le téléphone qui filme devant moi. Avec du recul, j'ai relativement honte. Mais pas au point de ne pas vous montrer ces histoires formidables, qui incluent justement des bouts de trajet entre Tokyo (vers Asakusa) et Aomori. Je vous laisse juges :
"Je trouvais ça intéressant" NON. Enfin, si, l'anecdote en soi je l'aime bien, mais la façon de la raconter et d'imaginer que des gens m'ont vu parler tout seul avec mon téléphone devant moi, j'ai envie de keysmash avec mon front. C'est terrible.
Pour autant, c'est en effet assez particulier à visiter. Il y a bel et au bien au sud de la gare un quartier résidentiel avec peu de commerces mais littéralement des dizaines d'hôtels...
... une énorme séparation avec un dépôt ferroviaire, un tunnel routier et un pont piéton pour tout enjamber...
... et finalement le "vrai" Minami-senju, qui ressemble bien plus à une petite ville en soi, avec ses commerces et ses restaurants, s'étendant à la verticale :
Direction la gare de Tokyo, puis le Tohoku Shinkansen dans les terres centrales du Japon.
Je descends du train environ 5 heures plus tard à Shin-Aomori, la gare Shinkansen située en banlieue d'Aomori, pour pouvoir rejoindre la gare centrale ; et là : des flocons. Un quai de gare légèrement couvert de neige fondue. Il fait moins deux degrés Celsius, moins douze ressentis. J'ai la preuve via ma réaction en direct :
J'avais vu quelques flocons tomber sur les vitres du train quand j'y étais, mais je ne voulais pas y croire. Je prends donc la ligne Ou, et quand je sors de la gare d'Aomori, à 14 heures... Du blanc. Partout.
Je vais à mon hôtel*2 pour m'installer, puis je décide de déambuler dans ce centre-ville. C'est grisant : il est 16 heures et la ville est vide, comme morte. Je n'ai jamais su quels facteurs causaient ça : la météo malgré l'habitude ? Les vacances ? Ou alors c'est toujours ainsi ? Reste que je me retrouve dans des rues qui font pourtant partie du centre-ville d'un chef-lieu, et qui je suis seul, devant beaucoup de commerces fermés, à voir des bus intra-urbains galérer sur le verglas. Les routes ne sont manifestement pas salées.
Mais rien ne remplace le plaisir de découvrir le parc de bord de baie d'Aomori (le parc Aoiumi, "la mer bleue", c'est poétique mais pas très recherché on se l'avoue), au creux de la baie, totalement recouvert de neige, et d'un calme rassurant brisé seulement par quelques familles qui s'amusent dans la neige au loin. Pas une trace de verdure : tout est recouvert, et le reste c'est de l'eau.
Disons qu'il faut juste faire attention à là où on marche.
Le soir, la ville est restée assez vide, causant une ambiance assez oppressante dès qu'on sort de l'artère principale, qui était globalement la seule déneigée.
Après une journée à Hirosaki dont je reparlerai un jour (chouette petite ville, surtout sous la neige !), j'ai globalement passé mes 2 jours restants dans le coin à déambuler au semi-hasard dans Aomori, restant dans le centre de la ville, ou pas très loin.
Si Aomori reste très peu populaire chez nous, j'ai un peu exagéré tout à l'heure car au Japon elle reste réputée pour quelques petits trucs :
- les pommes ;
- son festival de chars illuminés, chaque mois d'août.
Bien sûr, en janvier, difficile de véritablement apprécier les deux. Mais les chars (construits comme des lanternes mais gigantesques et avec des formats spectaculaires ou monstrueuses) sont présents un peu partout dans la ville, avec pas moins de deux musées qui leur sont dédiées près de la gare.
Je ne les ai pas visités.
(le petit "Hello~" au début j'ai envie de me baffer omg)
Car j'ai voulu profiter de la neige et du fait de voir une ville japonaise enneigée, ce que j'aurais peu de chances de vivre dans ma vie. Donc j'ai profité de ça, et des petits lieux que Google Maps pouvaient me montrer dans la zone.
Le 4 janvier, j'ai visité le sanctuaire Utou, un petit complexe shinto avec le sanctuaire en son cœur, mais aussi un petit parc, appartement un étonnant îlot de verdure au sein d'un quartier très urbain, et même très résidentiel en soi*3. Et c'était tout à fait charmant !
Un lieu naturel ou culturel sous la neige, c'est toujours un moment suspendu. C'est comme ça. Que ça soit un temple, une église, un parc, une maison, une usine de traitement des eaux usées, ça marche. D'autant plus quand le côté naturel y est prononcé, en vérité.
Et dans cette visite, j'ai particulièrement aimé 2 choses que j'espérais voir et que j'ai eues. La première c'est ce mini-sanctuaire, le Benzaitengû, qui a la particularité d'être sur sa propre petite île au milieu de l'étang du parc, reliée au reste par un charmant petit pont.
L'autre, c'est que ce sanctuaire était en fait assez actif. Le côté parc était désert, mais l'allée centrale semblait héberger une sorte de festival, mais là totalement à l'arrêt, sans doute à cause de la météo. Et pourtant, c'est là que passait tout le monde, qui avait manifestement eu la même idée que moi. Peut-être qu'au fond le festival avait encore lieu ? Et les débuts d'années sont assez propices à ce genre de visites au Japon.
On est clairement dans le genre d'articles où je n'ai absolument aucun souvenir de ce que j'ai fait des mes journées, à part ce que les photos et vidéos arrivent à me rappeler. C'est vraiment une soirée diapo, c'est terrible. Mais je vous promets que c'était bien, et qu'en général si je prends en photo c'est que j'ai bien aimé, même si hélas parfois j'oublie simplement d'en prendre.
J'ai même fait un instant #CheckNews en vidéo pour débunker le fait qu'il y avait personne !
Mais par contre, il y a un élément de mon passage à Aomori qui restera inoubliable, gravé dans ma mémoire. C'est aussi l'idée la plus stupide de tout mon voyage.
Visiter une jetée et un port de débarquement seul, en plein blizzard.
Le joli parc Aoiumi était encore plus enneigé que la veille. Je n'avais pas vérifié la météo vu que je ne comptais pas trop bouger de la ville : les tempêtes de neige se sont intensifiées à la mi-journée, et je me baladais tranquillement, guilleret, bien couvert sous mon anorak et dans mes chaussures de trekking. Mais le coin était encore plus déserté que d'habitude.
Ayant du temps libre et rien de prévu, je décide d'aller plus loin dans la traversée du parc. Dans son prolongement se trouve un petit espèce avec des stèles liées à l'empereur Meiji, ou d'autres commémorations. Puis la côte bifurque, et là commence une jetée, un immense quai. Je ne pouvais pas le savoir à l'époque, mais devant moi est en fait l'intégralité du terminal portuaire d'Aomori : un parking, un bâtiment voyageur, et même parc. Mais pour moi : rien. Du blanc, à perte de vue.
Sentant une petite aventure arriver, je commence à filmer des mini-vidéo alors que je m'engage sur la jetée. La météo empire à chaque pas.
Apparaît finalement un vague bâtiment étrange posé là, le seul, avec absolument personne, et que je peine à distinguer dans la neige qui tombe. Au départ je tombe sur une grille fermée (probablement un accès au terminal passager portuaire en vérité, donc logique qu'il soit fermé un 4 janvier en pleine tempête de neige), des toilettes, et une ouverture qui donne sur un champ ouvert (c'est en fait une sorte de pelouse et un parc, mais sous la neige, impossible de le deviner.)
Le bâtiment en question, c'est ça :
Austère avec son gris de partout et sa modernité qui dénote, étrange avec sa forme biseauté et son toit composé de sièges à l'air libre, et surtout fermé et vide :
(Rassurez-vous je m'auto-cringe toujours autant en revoyant ces vidéos. Génial le contenu avec un mec à bout de souffle qui se répète toutes les 3 phrases.)
Comme je vais le comprendre ci-après, ce curieux bâtiment c'est en effet le terminal de croisière d'Aomori. Pas vraiment un lieu de villégiature privilégié à cette période. Mais je continue mon périple, car mon objectif c'est le phare, tout au bout de la jetée... Et la neige s'intensifie, accompagnée de la brume au fil du chemin.
Mais hélas, à cause de la météo et/ou de la période (je n'ai jamais su), la dernière partie de la jetée contenant le phare est inaccessible. Je me retrouve donc à une impasse, sur cette plateforme portuaire en pleine mer.
Et cette aventure un peu décevante se termine ici. Mais je regarde en mémoire ces étendues blanches, plates, presque immaculées, conjuguées avec l'austère et un peu étrange ambiance du lieu. Je n'ai croisé absolument personne plusieurs heures durant dans la zone.
Le lendemain, pour mon dernier jour sur place... Je n'ai plus aucun souvenir de ce que j'ai fait. Je n'ai aucune trace, aucune vidéo, simplement quelques photos assez anonymes d'un Aomori moins enneigé et avec peut-être moins de caractère.
Si, en vérité, je me souviens d'une chose : être allé visiter le A-FACTORY, une sorte de grand hall métallique sur deux étages converti en magasin dédié quasi-exclusivement à la pomme (une fierté locale) sous toutes ses formes. On y trouve même un stand de burgers, avec au menu un burger à la pomme (pour de vrai).
(Je ne l'ai pas mangé.)
Et voilà pour ce passage à Aomori. J'ai pensé que c'était un bon article d'ouverture, car ça reste une ville relativement méconnue + le fait que ça date un peu dans ma tête me forçait à faire cet exercice d'archéologie, tant en termes de fichiers que de souvenirs.
C'est une ville et une région qui peuvent valoir le coup, et au final j'ai très, très peu exploré (Aomori centre + Hirosaki, en gros) mais rien que ce j'y ai fait changeait beaucoup des lieux habituels, donc je pense que pour ceux qui veulent du calme ça doit être vraiment sympa, surtout si vous êtes véhiculés.
Voilà pour ce retour mental de ma part à Aomori, et j'espère avoir un peu plus de matière à vous proposer pour les prochains articles, mais c'est toujours ça !
Peace.
- Pour l'anecdote, il m'avait coûté à l'époque 159 euros (pour 5 jours de trajets illimités entre Tokyo, Akita, Yamagata, et Aomori, en gros) chez un revendeur français car à l'époque on ne pouvait pas vraiment acheter de JR Pass en ligne. Aujourd'hui, il coûte... zéro, puisqu'il n'existe tout simplement plus depuis le printemps 2026. Mais il n'a jamais tant monté de prix. ↩
- J'ai dormi au JAL City Aomori, que je recommande s'il n'a pas changé depuis. J'ai payé 18 000 yens pour 4 nuits, car sans surprise les hôtels sont très peu chers dans la région, surtout pré-Covid. ↩
- Il faut dire qu'à Aomori, il n'y a en vérité que des quartiers résidentiels. ↩
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