De la place pour quatre J+3
En mars vous avez pu découvrir le deuxième épisode de ma petite nouvelle érotique, aujourd'hui voici le troisième. Celui-ci est moins excitant et peut-être un peu plus difficile à lire puisque j'avais voulu raconter un moment où le sexe ne se passe pas toujours comme prévu. Des fois les gens font des erreurs, s'oublient, oublient leur partenaire et ensuite il faut réparer.
n mars vous avez pu découvrir le deuxième épisode de ma petite nouvelle érotique, aujourd’hui voici le troisième. Celui-ci est moins excitant et peut-être un peu plus difficile à lire puisque j’avais voulu raconter un moment où le sexe ne se passe pas toujours comme prévu. Des fois les gens font des erreurs, s’oublient, oublient leur partenaire et ensuite il faut réparer.
Avant de vous mettre le texte, je voulais aussi parler un peu d’un projet qui me tient à cœur puisqu’en 2026 je deviens apparemment éditrice. Avec ma compagne Plume on a lancé un projet d’édition soutenu par une première campagne Ulule. On est très heureuses d’avoir atteint le premier palier en six jours de financement et il reste encore huit jours pour faire péter le compteur.
Vous pouvez nous soutenir en cliquant sur la bannière ci-dessous !
– Ulule
Et pour vous rafraîchir la mémoire si besoin, voilà les liens vers les deux premières parties déjà publiées :
Bonne lecture !
Si ce que j’écris te plaît, te fait réfléchir, te chamboule un peu ou t’aide à avancer dans la vie, j’ai créé une page Tipeee où tu pourras me laisser un petit pourboire pour me montrer ton soutien. Merci !
J’ai pas pu dormir. Comment je peux ? J’arrête pas de penser à l’autre jour. Ça tourne et tourne dans ma tête, je revis la scène comme si j’y étais. Je revois ce que j’ai fait, ce que j’avais envie de faire, ce que j’aurais pu faire. Ça m’envahit et ça prend toute la place. Je comprends pas pourquoi elle veut me revoir alors qu’elle est si parfaite et moi si…
Elle vient de passer la porte, elle a un long manteau bordeaux et elle est encore emmitouflée dans son écharpe, mais ses boucles sont reconnaissables entre mille. Elle me cherche du regard, mais comme je suis dans une alcôve, elle me verra pas. J’ai envie de crever. De me ratatiner sur ma chaise. Je la vois demander à la serveuse qui lui indique immédiatement où je suis. Elle se tourne et avance dans ma direction. Elle a un sourire apaisant. Comment elle peut avoir un sourire apaisant en me voyant ?
Je sors de l’ascenseur et sa main dans la mienne m’entraîne vers la gauche. On passe une porte, deux portes, puis on s’arrête devant la troisième. Elle me lance un regard timide en cherchant ses clés dans sa poche. On vient de passer deux heures au salon de thé en bas de chez elle à parler de tout. De ce qu’on a pensé des deux autres, de pourquoi on pense que ç’a cliqué entre nous. Et puis la discussion a pris un tournant plus sensuel quand on s’est rappelées la première nuit. On s’est dit ce qu’on avait aimé et moins aimé. Ce qu’on voudrait explorer si on avait une nouvelle occasion. C’était excitant de pouvoir parler si librement. Sans réfléchir, j’ai approché ma tête de la sienne et je l’ai embrassée. J’ai cru voir un truc dans ses yeux. Elle a eu un geste de surprise. Puis elle m’a embrassée en retour pendant que le sang battait mes tympans et que je devais virer au pivoine. Je lui ai murmuré « On va chez toi ? » et elle a répondu « Ok » avec une voix probablement plus feutrée qu’elle ne l’avait voulu.
Elle s’est assise sur le petit fauteuil à côté de moi. Je vois qu’elle est tendue, mais clairement pas autant que moi. J’arrive pas à parler. Quand elle m’a dit salut en s’asseyant, j’ai à peine pu ouvrir la bouche avant que ma vue se trouble. Je comprend pas ce qu’il se passe. Pourquoi on est là ? Pourquoi elle est là ? Pourquoi je suis pas au fond d’un trou, oubliée du monde ?
Comme la fois précédente, sa main m’entraîne le long du couloir qui se termine sur la porte de sa chambre. Cette fois, je remarque une illustration accrochée à hauteur de visage. Deux hommes torse nu enlacent, caressent et embrassent la femme aux cheveux courts qui se trouve entre eux. Elle ne ressemble pas du tout à mon hôtesse, mais elle dégage la même énergie excitante. Houna remarque que mes yeux suivent le dessin quand elle ouvre la porte et me dit d’un air amusé : « J’aime bien cette illu, je l’ai mise là un peu comme un avertissement. »
Curieusement, maintenant qu’on est dans sa chambre, je me sens plus assurée et elle a l’air plus timide. Elle est plus grande que moi et pourtant j’ai soudain l’impression de la voir de haut. Je m’approche d’elle, pose une main sur sa taille et la serre contre moi en l’embrassant. Ses mains trouvent mes fesses, remontent au bas de mon dos en passant sous mon chemisier et le bout de ses doigts caressent ma peau. J’enlève rapidement son gilet et déboutonne son jean. Elle s’assied sur son lit puis s’allonge sur la couette. Ses mains se tendent vers les miennes et m’attirent à elle. Je lui murmure « Tu veux qu’on fasse comme on a dit alors ? » et ses yeux se mettent à briller.
J’ai toujours rien réussi à dire. Elle a insisté un peu au début et puis elle a eu l’air de décider que ça prendrait le temps qu’il faudra. J’arrive même pas à la regarder. La serveuse est venue prendre sa commande (« Une théière de “zingiber et aphrodite” s’il vous plaît. ») et est repartie dans le brouillard. Putain. Putain. Putain. J’arrive à peine à bouger tellement je dissocie. J’aurais dû dire non. J’aurais dû annuler. Je devrais m’éloigner d’elle. Prendre la fuite. Disparaître. Je mérite vraiment pas d’être là, à côté d’elle. Je pourrais que la blesser de toute façon.
Je décide de prendre un peu de recul pour l’admirer. Elle est belle comme ça, le torse nu, les bras en croix. Les poignets attachés de chaque côté du lit. Un bandeau sur les yeux et un bâillon dans la bouche. Le soleil d’octobre qui se pose sur sa peau, se reflète dans ses boucles blondes. J’ai passé mes doigts sur son torse. Contourné ses seins. J’ai appris où elle frémissait et où elle se chatouillait. J’ai regardé la bosse dans sa culotte grandir en caressant le duvet de sa ligne ombilicale. Je l’ai vue se cambrer quand mes doigts approchaient de l’élastique ou quand ma main passait dans sa nuque. Mais j’ai assez joué de mes doigts. C’est au tour de ma bouche de l’explorer. Je la vois sourire quand elle sent à nouveau mon souffle sur sa peau. Je commence par le cou. Sa peau est si fine et souple que je peux la pincer de mes lèvres. En remontant, j’attrape le lobe de son oreille. Je fais doucement poindre ma langue pour en caresser l’arrière. Si j’en crois son soupir, elle apprécie ce que je fais.
— Je comprends ce qu’il t’arrive. Mais tu sais, ça n’ira que si on en parle.
Elle pose sa main sur mon épaule et je sursaute comme si j’avais mis les doigts dans une prise. J’ai peur de ce qui va suivre. Comment elle fait pour être aussi calme ? Comment elle fait pour être à côté de moi. Mes yeux se mouillent et j’arrive plus à retenir mes sanglots. J’ai jamais pensé que… C’est pas… Je peux pas être là.
C’est un exercice de discipline pour moi aussi. J’ai tellement chaud que je voudrais me jeter sur elle. Mais je lui ai juré que je prendrai mon temps et donc c’est ce que je fais. J’ai enlevé son pantalon et sa culotte. Elle est nue sur son lit et je la contemple à nouveau. J’ai embrassé sa nuque, mordillé ses clavicules, fait des suçons aux creux de ses coudes. Elle respire bruyamment et la bouche ouverte (autant que le bâillon le lui permet) depuis plusieurs minutes.
La pointe de ses seins est dure comme si on y avait passé des glaçons. Je m’amuse à les toucher et à les pincer doucement. J’ai soudain très envie de la prendre dans ma bouche. Je me positionne à genoux entre ses jambes et commence à déposer des baisers sur l’intérieur de ses cuisses. Sentir son odeur provoque un brusque échauffement entre mes jambes à moi. Les caresses de ma bouche se rapprochent en cercle de la base de son sexe puis se déposent sur sa longueur. Chaque fois que mes lèvres s’y posent, ma compagne frémit d’anticipation et se tend.
Une fois mon petit manège terminé, je prends enfin son gland dans ma bouche. Sans trop bouger mes lèvres, je laisse ma langue faire quelques va-et-viens sur son frein avant d’effectuer des petits cercles autour de son extrémité. Les doux gémissements qu’elle laisse échapper et la texture de son sexe contre ma langue sont aussi délicieux l’un que l’autre. Je la sens se cambrer en rythme avec mes mouvements. Je suis tellement excitée que ma chatte se contracte d’elle-même, comme si nous étions synchronisées.
— Je… je suis désolée.
— Je m’en doute bien. Tu serais pas dans cet état si tu l’étais pas. Et tu sais quoi ? C’est surtout ça qui compte. Si t’étais pas désolée, on serait pas là. Tu serais pour toute la vie « la meuf qui s’est barrée au pire moment sans demander son reste ».
Elle a l’air si normale en disant ça. Comme si c’était rien. Alors que moi, j’ai tout juste réussi à retenir mes sanglots pour croasser mon excuse.
— En fait, ça arrive de se planter. Même magistralement comme tu l’as fait. Mais il faut pouvoir en parler. Comme ça on réfléchit à comment faire pour que ça ne se reproduise plus.
Je sens mes yeux se mouiller de nouveau. Je me sens vraiment monstrueuse et elle me dit avec un air rassurant que ça va aller et qu’il-y a quoi que ce soit à réfléchir.
Notre excitation mutuelle est à son comble. J’ai l’impression que ma cyprine est sur le point de couler le long de mes cuisses. Ça fait déjà un moment que sa mouille à elle se mélange de manière continue à ma salive et que des exclamations ont remplacé ses gémissements. Je décide que c’est le moment de la sentir dans le bas de mon ventre.
J’arrête mes léchouilles et, faisant glisser mon corps sur le sien, j’écarte le bâillon pour un instant puis l’embrasse. Nos bouches se rencontrent avec avidité. Nos langues s’entortillent. Le bas de nos visages se mouille de salive. Je sens son ventre et ses seins se presser contre moi. D’un mouvement de hanches, je place la pointe de sa queue contre mon clito. Ce que je regrette quasi instantanément tant je me sens perdre le contrôle. Je n’ai plus le sens de mon environnement. J’enfouis ma tête contre sa nuque pour ne pas laisser échapper un râle de plaisir. Mon sexe bat la chamade. Presque sans y penser ma main se dirige vers nos entrejambes, attrape la hampe de ma compagne et la glisse en moi. C’est tellement bon de la sentir enfin entrer. Je m’appuie tant que possible jusqu’à écraser mon clitoris sur son pubis. Les yeux fermés, je me redresse pour avoir plus d’amplitude et je lui attrape les poignets.
À chaque fois que je m’élève et que je redescends, que ma vulve se presse contre elle, je ne peux plus retenir mes halètements, mes « Oh putain » et mes « C’est trop bon ». Encore quelques a coups comme ça et c’est l’explosion dans mon corps, dans ma chatte et dans ma tête. J’en oublie quasiment comment respirer et ma vue se trouble. Je m’effondre contre elle, prise de petits spasmes de plaisir qui diminuent comme des vagues de plus en plus petites. Je lui murmure « Serre-moi dans tes bras » à l’oreille avant de défaire ses liens. Mais elle ne réagit pas. L’ambiance change subitement. Quelque chose ne va pas. J’enlève le bâillon qu’elle a dans la bouche et le bandeau qu’elle a sur les yeux. En le déposant sur la table basse, je remarque qu’il est humide aux endroits qui étaient en contact avec ses paupières. Je me tourne vers elle pour constater qu’elle fixe le plafond avec un air vide. Une larme coule vers son oreille.
— Houna ?
Pas de réponse.
— Houna, qu’est-ce qu’il se passe ? Ça va ?
Je commence à m’inquiéter sérieusement. Alors que je tends ma main pour la poser sur son épaule, elle a un mouvement de recul. Sa bouche se tord dans un bruit de douleur. De douleur, et de peur. Elle a peur… de moi ?
— Houna, parle-moi. Je comprends pas.
Elle se détourne de moi avant de se mettre en position fœtale. Des sanglots commencent à agiter son corps. Est-ce que c’est moi qui lui ai fait ça ?
— Houna, me laisse pas en plan comme ça. Dis-moi ce qui va pas.
Quand ma main effleure son dos, elle sursaute et pousse un nouveau cri. Je me sens complètement perdue. Je n’ai aucune idée de quoi faire. C’est moi qui l’ai mise dans cet état sans même m’en rendre compte. Depuis combien de temps, elle pleure sous ce bandeau ? Merde. Pourtant elle avait l’air d’apprécier. Mais elle était immobile quand j’ai joui sur elle. Et je m’en suis pas rendue compte ? Quand est-ce qu’elle a arrêté de kiffer ? Pourquoi j’ai rien remarqué ? Putain. Quelle espèce de connasse je suis pour même pas me rendre compte de ça ? Je ne lui ai même pas demandé avant de faire ces trucs. Je me suis contentée de l’attacher, de la bâillonner et de l’utiliser comme j’avais envie sans même me préoccuper d’elle. Je suis horrible en fait. Je vaux pas mieux que n’importe quel gars. Quelle merde. Sous-merde. T’es un monstre meuf. Tu sais comment on appelle les gens comme toi ? Hein ? Tu sais comment ça s’appelle ce que t’as fait ? Ç’a un nom. Dis-le parce que tu le sais très bien. Tu passes ton temps à en accuser les autres et en fait t’aurais mieux fait de te regarder dans une glace. C’est un viol. T’as commis un viol. T’es une putain de violeuse.
— En fait, ce qui s’est passé, c’est que je kiffais ce que tu me faisais comme rarement, j’ai pu kiffer du cul. Et puis à un moment t’as attrapé mes poignets. C’est ça qui m’a trigger. J’ai eu un flashback de ma dernière relation monogame. Me tenir par les poignets et m’empêcher de bouger comme ça, c’était ce que ma meuf préférait. Le truc, c’est qu’elle le faisait seulement les fois où moi j’avais pas envie de sexe et qu’elle avait tellement insisté que j’avais fini par céder. Je sais même pas si c’était bien conscient de sa part, mais clairement c’était pervers comme jouissance pour elle. Et moi bah, ça m’a complètement trauma.
— J’ai fait ça moi ? Mais putain pourquoi tu acceptes de me revoir ? C’est horrible ce qui t’est arrivé.
Ma voix se brise à la fin de la phrase. Je sens les larmes remonter, mais je parviens à les retenir.
— Non, t’as pas fait ça toi. Toi, tu m’as attachée, avec mon accord. Tu m’as bâillonnée, avec mon accord. Tu m’as bandé les yeux, avec mon accord. Et tu m’as baisée, avec mon accord. T’as pas rêvé quand je gémissais de plaisir. T’as arrêté de me lécher les seins au moment où je t’ai fait sentir que j’en avais plus envie. Mais…
— Mais j’ai merdé en fait. J’ai pris mon petit orgasme de merde sans plus me préoccuper de toi du tout.
— Oui. C’est là que t’as merdé. À partir du moment où tu t’es mise sur moi et où t’as décidé que tu voulais faire de la pénétration moi aussi j’ai senti un shift. Peut-être que c’est ça qui m’a trigger en plus des poignets. J’ai eu l’impression que t’étais plus que dans ta tête et que tu faisais plus du tout attention à moi.
Je sais pas quoi répondre. Je sens bien qu’elle a raison. Je perçois même plus sa présence dans mon souvenir à partir de ce moment.
— Mais comment on fait alors ? Je peux pas juste m’excuser et on passe à autre chose. C’est pas… juste.
— Ce qu’on fait, c’est qu’on trouve des solutions. Tu me plais Manon et j’ai envie de continuer à te connaître. Mais t’as raison quand tu dis qu’on peut pas juste passer à autre chose. C’est pas une question de Justice, c’est une question de confiance. Et de trauma. Ça va pas être immédiat de me sentir de nouveau à l’aise dans l’intimité avec toi.
Elle me regarde avec ses yeux doux. Si doux. Elle a subi tous ces trucs, je lui ai fait du mal, et malgré tout c’est elle qui prend soin de moi.
— Je suis désolée. Je voudrais tellement effacer ça.
— Je sais. Mais tu sais, je crois que toi non plus, tu pourrais pas facilement être de nouveau à l’aise avec moi. Tu serais tellement stressée de refaire la même erreur que tu te surveillerais trop. Et au final, tu serais aussi coincée dans ta tête que quand tu m’as oubliée. Ce qui serait pas ouf pour éviter que ça se reproduise.
— Mais… On fait quoi alors ?
— Pour l’instant, on a qu’à dire qu’on va pas recoucher ensemble à la première occasion. Et puis si tu veux, on recommence à s’apprivoiser ? Doucement ?
Une newsletter ça n’a pas la même portée qu’un post sur les réseaux sociaux. Si tu as apprécié ce que tu viens de lire, n’hésite pas à transférer le mail aux personnes parmi tes contacts qui sont susceptibles d’être intéressées ou à partager le lien sur tes réseaux.
Si ce que j’écris te plaît, te fait réfléchir, te chamboule un peu ou t’aide à avancer dans la vie, j’ai créé une page Tipeee où tu pourras me laisser un petit pourboire pour me montrer ton soutien. Merci !
Did you enjoy this article?
Recommend it — Standard Reader surfaces well-loved writing to more readers across the network.