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Placards, Privilèges, Exclusions

Aujourd'hui j'inaugure un post invité. Il a été publié la semaine dernière sur Instagram par Précarité Inclusive et il m'a semblé important de le faire vivre aussi à l'extérieur de cette plateforme de l'enfer c'est pourquoi je suis ravie et honorée que Préca ait accepté ma proposition de le reproduire ici.

Lou Lüeder
Jul 15, 202528 min read

ujourd’hui j’inaugure un post invité. Il a été publié la semaine dernière sur Instagram par Précarité Inclusive et il m’a semblé important de le faire vivre aussi à l’extérieur de cette plateforme de l’enfer c’est pourquoi je suis ravie et honorée que Préca ait accepté ma proposition de le reproduire ici.

Ça parle de bisexualité d’une manière encore trop peu commune, et j’y vois plein de parallèles à faire avec la transmisogynie. Si tu as lu mon article sur « le privilège du placard de la socialisation masculine » tu devrais les voir assez facilement, et sinon je te conseille vivement d’aller le lire avant de continuer :

Le placard, le privilège, la transmisogynie et la solidarité trans/bi – Lou Lüeder
Chez n’importe qui, le placard est perçu comme cette expérience atroce et effrayante où on se cache parce qu’on a peur de la violence de la société. Alors que pour les femmes trans, les gens appellent ça « Le Privilège Masculin™ » et prétendent qu’elles en tirent des privilèges.
lou.lueder.wf

Si ce que j’écris te plaît, te fait réfléchir, te chamboule un peu ou t’aide à avancer dans la vie, j’ai créé une page Tipeee où tu pourras me laisser un petit pourboire pour me montrer ton soutien. Merci !

Partie I – Coming out Bipan

I – Généralités

Le coming-out est considéré comme un processus double et continu, avec des changements intérieurs et extérieurs à soi[1].

Le fait de le déclarer « publiquement », aux autres, n’est qu’une partie du processus, qui peut être long, dans des ordres différents, parfois récurrents.[2] Ce n’est ni une ligne droite avec un début et une fin ni une date clef avec une annonce officielle. En tant que queer, on se retrouve souvent obligé de le faire à chaque rencontre parce qu’on nous assigne systématiquement à l’hétérosexualité.

Mais la particularité des bipan, est qu’avec la vision binaire de l’orientation, on nous assigne d’un côté où de l’autre selon nos relations. Révéler notre relation ne nous permet pas de sortir du placard, d’un côté comme de l’autre, et il faut être constamment explicite pour être out, parfois plusieurs fois avec les mêmes personnes.

L’étude de Johnston et Jenkins s’intéresse aux gays et lesbiennes, mais révèle des éléments sur le désir de coming-out qui concernent tout autant les bipan. Ils y expliquent notamment que le fait de vivre dans un mensonge est un gros enjeu, que les participant-es aspirent à être authentiques et honnêtes, pour sortir de l’isolement et prendre en main leur santé mentale[3].

Anderson et Mavis ont les mêmes constats, les lesbiennes de leurs études révèlent leur orientation surtout pour être elles-mêmes, être authentiques avec leurs proches et valider leur style de vie[4]. Parce que vivre dans le mensonge, dans le stress d’être découvert, ça a des répercussions directes sur la santé mentale et physique. La consommation d’alcool, les idées suicidaires et tentatives de suicide, les TCAs, la solitude sont des éléments qui reviennent souvent[5] et qui se nourrissent les uns les autres.

Les bipan en couple homo, en couple hétéro, ou célibataires, sont toustes dans une situation de placard et de « mensonge » quand iels ne disent pas leur orientation. Il ne s’agit pas seulement d’avouer ses attirances homo, qui sont évidemment la grande part de ce qui fait peur. Mais il s’agit aussi de se dire aux autres, de leur annoncer qu’on est autre chose que ce qu’iels pensent. C’est la peur du rejet qui pousse les personnes LGBT a ne pas s’outer, rejet qui existe de pleins de manières différentes.

La situation du placard des bipan est particulièrement complexe parce qu’elle peut également exister dans le contexte du foyer, au sein d’une relation amoureuse. Alors que pour beaucoup de gays et lesbiennes, rentrer chez soi est un espace de libération, des bipan peuvent continuer de se cacher dans leur couple, leur plurisexualité n’existant qu’en dehors, ou en elleux.[6]

II – Coming-out relationnels ou identitaires

L’expérience du placard bipan est particulière parce qu’elle se configure différemment selon nos expériences passées, nos anciennes relations, nos coming out précédents, nos manières de l’annoncer.

L’assignation à l’hétérosexualité touche tout le monde, rendant presque obligatoire le coming-out quand on n’est pas hétéro. Souvent, parce qu’iels ont surtout peur des réactions homophobes directes, les homo et bipan profitent du moment d’être en couple homo pour le dire, en indiquant simplement le genre de la personne aimée. C’est une manière directe, sans besoin de nommer son identité, qui permet de retirer un poids et d’informer de sa non-hétérosexualité : un coming-out relationnel. Ce coming out indique fictivement une non-hétérosexualité, mais dans la réalité, il signale uniquement l’homosexualité. Car dans une perspective monosexuelle binaire, si on n’est pas hétéro, c’est qu’on est homo, il n’y a rien d’autre autour ou entre les deux. Ainsi, déjà dans cette situation, s’il y a une certaine finalité dans ce coming-out pour les gays et les lesbiennes, les bipan seront toujours en partie dans le placard après.

Avec ce coming-out relationnel, les personnes bipan peuvent vivre sensiblement les mêmes choses que les gays et les lesbiennes, avec les mêmes risques de violences, d’homophobie ou de lesbophobie. La différence, c’est que même dans le cadre d’une réaction positive (pas homophobe), leur identité pourra quand même être niée, les renvoyant immédiatement dans le placard. Pour des personnes qui ne se sont jamais dites bipan, faire un coming-out relationnel va les assigner d’office à l’homosexualité. Mais pour celleux qui se sont déjà outés en tant que bipan auparavant, on va aussi les assigner à l’homosexualité et oublier leur coming-out précédent.

On le voit, ce coming-out relationnel, même si utilisé par certain⋅es bipan, ne fonctionne pas vraiment pour se dire bipan, parce qu’il est un outil construit par et pour les homos qui doivent dealer dans une société hétérosexuelle et homophobe. Il permet de s’affirmer non-hétéro sur le papier, peut aider à dealer avec ses proches, sa famille, mais ne fonctionne que dans certains cas et ne permet pas de se dire bipan. Il est alors nécessaire pour les bipan d’être plus directs en disant leur orientation, leur identité, le coming-out identitaire serait donc la solution idéale pour elleux.

Mais la société est monosexiste en plus d’être homophobe ; le coming-out identitaire, comme relationnel, n’est donc fonctionnel que s’il est homosexuel, en tant que seul opposé possible de l’hétérosexualité. Car comme on l’a vu ici et comme on va le voir largement par la suite, les bipan qui font un coming-out identitaire ne sont pas pris⋅e au sérieux et, très souvent, il sera oublié lorsqu’iels seront en couple.

Il y a une incompréhension des pratiques bipan non sexuelles, iels ne pourraient exister en dehors de leurs relations[7], comme si les personnes LGB n’existaient que par leurs couples. Faire son coming-out sans « preuve » serait alors inutile, d’autant plus pour les bipan qui vont de toute façon être assigné-es à une sexualité une fois en couple. Le coming-out identitaire lorsqu’on est célibataire est probablement le plus efficace pour les bipan, même s’il reste temporaire et sera fréquemment occulté plus tard. C’est un refuge temporaire et fragile qui conditionne l’acceptation de notre orientation uniquement lorsqu’on est seul⋅es.

Si le but est surtout d’annoncer une relation homo supposément interdite, on peut se dire que les bipan en couple hétéro ne font pas de coming-out relationnels, n’ayant que la possibilité d’un coming-out identitaire. C’est le cas de celleux qui n’ont jamais été en couple homo, ou pas de manière visible, et qu’on assigne donc à l’hétérosexualité comme tout le monde. Mais ce qui est intéressant, c’est que dans certains cas la dynamique se renverse et des bipan se retrouvent à devoir faire un coming-out relationnel hétéro.

Comme on l’a vu plus tôt, les bipan en couple homo sont aussi dans le placard puisqu’on va les assigner à l’homosexualité. Tout comme iels ont dû indiquer ne pas être hétéro, iels vont devoir faire un coming-out relationnel et rappeler qu’iels ne sont pas non plus homo. Et de la même manière, on va les renvoyer au placard en les considérant hétéro. Comme si leurs coming-out passés, leurs anciennes relations, leurs sentiments amoureux n’avaient jamais existé, n’avaient pas d’importance et ne les avaient pas construits. « Paradoxalement, » les bipan en couple hétéro sont celleux qui vont faire face à plus de violences et d’homophobie frontales. Parce qu’en étant (ré)assigné-es à l’hétérosexualité, leurs proches et leurs connaissances vont se permettre des remarques homophobes qu’iels auraient gardées pour elleux face à des personnes en couple homo (gays, lesbiennes ou bipan).

C’est d’autant plus présent que les bipan peuvent être dans le placard auprès de leur partenaire, comme on l’a vu plus tôt. Et c’est particulièrement le cas de celleux en couple hétéro qui peuvent avoir peur des réactions homophobes dans leur couple.

L’homophobie et la biphobie frontales, elles, sont particulièrement violentes quand on est dans le placard parce qu’elles peuvent venir de n’importe qui et qu’elles vous forcent à vous terrer dans le silence. Ajoutons à tout ça que les bipan en couple hétéro sont rarement les bienvenu⋅es et/ou n’ont pas l’impression d’avoir leur place dans les communautés LGBT+, et sont donc seul-es, sans soutien communautaire face à ces violences.

Partie II – Placards et Queerbaiting

III – Condamnation aux placards

On le voit bien, il n’y a pas d’issues pour les bipan et le coming-out est toujours contextuel, temporaire, ignoré. Les bipan polyamoureux-ses et/ou en couples libres sont sans doute celleux qui vont être le moins mis dans le placard grâce à la multiplicité potentielle de leurs coming-out relationnels. Mais la sortie du placard pour les bipan est toujours un sursis, et comme pour les célibataires, elle reste conditionné et fragile.

D’abord, la non-monogamie n’est pas prise au sérieux, voire rejetée, il y a donc de fortes chances pour que les bipan dans ce cas ne soient pas plus considéré⋅es que les autres. Ensuite, il faut que le cadre fonctionne parfaitement pour ne pas être renvoyé aux placards bipan. S’iels sont en couple avec plusieurs personnes du même genre, s’il y a des moments de battements en couple avec une seule personne, on ne va plus considérer leurs identités, ni bipan, ni polyA.

Le cadre monogame et monosexuel oblige à regarder les relations amoureuses individuellement, ça ne change donc pas tant le regard des autres d’avoir des relations non-monogames. S’il peut y avoir une plus grande « acceptation » des bipan non-monogames, c’est par l’association entre plurisexualités et infidélité. Les bipan ne seraient pas faits pour la monogamie et ne pourraient être authentiquement bipan qu’en ayant des relations multiples. D’abord, ça part encore du principe que l’orientation se mesure selon nos relations. Ensuite, ça associe la non-monogamie à l’infidélité alors que c’est tout le contraire.[8]

Les bipan non-monogames sont comme les autres bipan, iels n’échappent pas aux placards bipan en ayant plusieurs relations avec plusieurs genres. Tout comme les bipan ayant des relations courtes qui s’enchaînent avec différents genres n’échappent pas à la biphobie et au placard. De la même manière que les bipan célibataires n’y échappent pas en étant out en tant que bipan. L’assignation à l’hétérosexualité est constamment présente, et l’assignation à l’homosexualité n’est jamais loin derrière. Or, il n’y a pas d’assignation à la bisexualité ou à la pansexualité. Les personnes dont vous êtes très proches pourront vous considérer comme vous êtes, les autres vous assigneront toujours à ce qu’iels voient à un instant T.

Je ne dis pas ça pour vous dire quoi faire, pour dire que certaines ont moins raisons que d’autres ou qu’il y a des bipan plus « acceptables ». Au contraire, ce que je dis là, c’est que l’acceptation de notre orientation ne se fera jamais selon nos relations actuelles ou passées, c’est un jeu auquel on a perdu d’avance.

Et on le remarque très bien dans le cas des célébrités, leurs coming-out bipan sont souvent ignorés, même quand iels utilisent des termes clairs. Accusées de queerbaiting, les célébrités bipan ne sont jamais crues, parce qu’on ne considère les plurisexualités que par le prisme des relations (sexuelles). Si elles disent qu’elles sont bipan mais en couple hétéro, c’est du queerbaiting, et si elles sont en couple homo on va lentement oublier qu’elles se sont dites bipan. Si elles sont célibataires, on va juste considérer qu’elles sont encore dans le placard, mais bien gays ou lesbiennes. Sauf si elles se montrent trop « queers », dans ce cas, on va de nouveau les accuser de queerbaiting. Et si, dans tous ces cas de figure, elles se retrouvent un jour de nouveau en couple hétéro, on les accusera encore de queerbaiting. En résumé, dès que ces célébrités ne sont pas assimilées à l’homosexualité, elles sont accusées de queerbaiting.

Je rappelle au passage qu’au départ, le terme queerbaiting a été forgé pour parler des œuvres de fiction qui sous-entendaient des personnages LGBT+ sans jamais vraiment le dire, dans le but d’attirer un public queer. Si des personnes sont tentées d’étendre le terme pour parler des célébrités comme si elles étaient des œuvres de fiction, ça ne me semble pas pertinent. Elles ont aussi le droit d’avoir des doutes sur leur identité, leur orientation, de se tromper, de changer, surtout quand le monde a les yeux rivés sur elles.

On l’a vu ce mois de juin 2025 avec des cas comme Fletcher, Billie Eilish ou même Clairo. Des chanteuses qui ne sont jamais identifiées comme lesbiennes, mais qui ont parlé de leur attirance pour les femmes, parfois en se nommant bi, souvent en ne s’attachant pas spécifiquement à une étiquette. Cette attirance pour les femmes fait partie de leur vie et donc de leur musique, surtout quand il s’agit de relations actuelles ou récentes, comme la plupart des artistes. Naturellement, ce partage personnel a attiré un public LGBT+ et notamment lesbien (mais davantage saphique), qui s’est senti représenté dans ces chansons et ces artistes.

Mais il y a eu un basculement tragique, ces femmes « en plein mois des fiertés » ont embrassé des hommes, voire sont sorties avec. Que l’on soit clair, ce « basculement » n’en est un que parce que des personnes ont décidé de considérer ces femmes comme lesbiennes. Quand il s’avère qu’elles ne le sont finalement pas (quelle surprise !), on s’étonne et on crie à la trahison, voire on lance des accusations de queerbaiting. Le problème, ce n’est pas que ces chanteuses auraient menti. Le problème, c’est que quand elles ont dit être bi, queer, sans label, vous avez décidé de vous en foutre.

Billie Eilish était accusée de queerbaiting avant son coming out, parce qu’elle donnait déjà des indices sur sa non-hétérosexualité. Lorsqu’elle a été plus vocale sur ses attirances pour les femmes, tout le monde est parti du principe qu’elle était lesbienne, alors que ce n’est jamais ce qu’elle a dit. Et alors qu’on découvre qu’elle sort probablement avec un homme, on l’accuse à nouveau de queerbaiting. Tout au long de cette histoire, elle n’a jamais pu réellement sortir du placard parce qu’elle était constamment mise dans un autre. Nos coming-outs sont des placards éternels, portes après portes, qui ne mènent qu’à d’autres placards. En sortir ne change jamais rien pour les autres.

Je vois déjà le futur drama arriver dans quelque temps, alors je le dis dès maintenant, c’est la même chose pour Kristen Stewart, c’est la même chose pour Reneé Rapp. La première s’est déjà dite bisexuelle, je crois que globalement, elle ne se nomme pas/plus, ne s’est jamais vraiment dite lesbienne, et est surtout sortie avec des femmes ces dernières années. La deuxième s’est dite bisexuelle et plus récemment lesbienne, mais a précisé que c’était une étiquette qui lui convenait plus actuellement, par rapport à sa relation et à sa vie actuelle.

Je ne dis pas que ces femmes ne sont pas lesbiennes ni qu’elles sont assurément bipan. Je dis seulement que si elles sont bipan, et qu’un jour elles re-sortent avec un homme, elles recevront exactement le même traitement. Parce que les bipan, out ou pas, ne sont acceptables que quand iels ne sont pas bipan, quand iels ont l’air d’être homo ou quand on croit qu’iels le sont.

IV – D’autres coming out

On a aussi une vision trop positive du coming-out, qui serait uniquement libérateur et le seul moyen d’être authentique. Mais faire son coming out, c’est aussi s’exposer à des violences et aux conséquences négatives. Dépeindre le processus de coming-out uniquement comme un outil de libération ne permet pas d’entrevoir toute la complexité de ce processus.[9]

On l’a vu plus tôt, on veut faire son coming out pour être honnête envers ses proches et soi-même, il y a donc une analyse préalable du coût de cette révélation. Des personnes vont ainsi considérer de faire leur coming-out ou pas selon l’hostilité de leur environnement (familial, de travail, amical) et par peur d’être discriminées[10].

Il y a en plus une difficulté à révéler sa plurisexualité par manque de compréhension de ce que sont des comportements ou des actes bipan. On est toujours soit assigné à l’hétérosexualité, à l’homosexualité ou à la monogamie, rendant les plurisexualités invisibles et impossibles à exprimer autrement qu’avec des indices qui reflètent son orientation[11], ce qui n’est pas forcément décryptable. Aussi, parce qu’on va uniquement considérer la plurisexualité et l’homosexualité par le prisme des relations (surtout sexuelles), les coming-out sont plus compliqués. Parce que ça implique implicitement de discuter de sa vie personnelle et sexuelle dans des contextes quotidiens, avec des personnes avec qui on n’aurait pas envie de le faire.[12]

James McLean pense le fait d’être bipan comme un processus de gestion d’identités, des identités qui vont différer selon les espaces et les moments. Face à des personnes ne pensant les orientations que par homo et hétéro, les hommes de son étude se retrouvent parfois obligés de jongler avec des identités qui ne sont pas entièrement les leurs, mais qui sont plus simples que de se dire bipan[13]. Les participants se pensent souvent bipan, ou en tout cas ont conscience qu’ils ne sont pas exclusivement hétéro ou homo, qu’ils « switchent ». Mais ils savent aussi qu’ils sont définis par l’extérieur. C’est dans ce cadre qu’ils « gèrent » leurs identités, parce qu’ils vont être considérés homo ou hétéro selon leurs fréquentations[14].

Malgré la complexité et la diversité des coming-out, on a vu qu’il y a souvent une pression accrue sur le coming-out des célébrités, comme s’il nous était dû parce qu’il était positif pour la représentation. Il y a bien sûr des effets bénéfiques pour la représentation des personnes LGBT, mais le coming out public des célébrités reste, comme tous les coming-out, un acte qui les expose individuellement à de la violence. Et si la réaction du public est épidermique, elle ne s’arrête pas à l’individu et peut aussi toucher toutes les personnes concernées qui vont voir ces réactions et ces violences. Ces coming-out et ces représentations ne sont donc pas uniquement positifs et il faut sortir de cette vision tronquée du coming-out libérateur.

Les discours et récits des LGBT sur le coming-out ont produit une vision binaire rendant le coming-out comme seule alternative. Ne pas le faire serait abandonner sa responsabilité, la preuve d’une honte et d’une impuissance[15]. Ces discours visent particulièrement les personnes racisées, mais touchent toutes les personnes dans le placard, en imposant un récit unique de « l’homosexualité ».

On crée une distinction morale entre celleux qui sont visibles et celleux invisibles, les premier⋅ères sont ainsi considérées plus légitimes[16].

Pourtant, beaucoup de LGBT+ qui ont fait leur coming-out peuvent retourner dans le placard dans d’autres situations[17]. Et c’est normal, on est souvent rejeté-es lors de nos coming out. Le dire peut permettre une certaine libération mentale, mais c’est aussi une prise de risque que l’on n’est pas toujours prêt⋅e à prendre et qui n’est pas toujours nécessaire.

Il faut sortir de la vision occidentale du placard comme étant une cachette, d’où il faudrait sortir pour être libre et autonome[18]. L’invisibilité peut aussi être vue comme un choix tactique, contextuel, qui permet aux personnes d’échapper aux dynamiques d’oppression qui cherchent à catégoriser et à étiqueter pour mieux stigmatiser[19].

Griffin[20] propose une liste des 4 stratégies de révélation ou de dissimulation qui se basent sur des gays et lesbiennes, mais qui s’appliquent tout autant aux bipan[21] :

  1. Le silence. On ne révèle pas sa véritable orientation en adoptant ou en créant une vie hétéro fictive pour ne pas éveiller le doute. En plus de ça, les bipan peuvent aussi dans certaines situations performer une homosexualité fictive pour ne pas éveiller les soupçons des homos.
  2. Sous couverture. On ne ment pas sur son orientation, mais on évite les situations dans lesquelles il faudrait donner des détails sur soi et sur sa vie privée. De même, les bipan en couple homo sont touchés de la même manière que les homo, mais celleux en couple hétéro ou célibataire peuvent aussi adopter des stratégies d’évitement.
  3. Affirmation implicite. On donne des informations importantes, des indices qui peuvent permettre de déduire son orientation. Les bipan sont particulièrement adeptes de cette stratégie, elle permet de tâter le terrain, mais aussi et surtout de se libérer d’un certain poids en en disant un peu plus sur soi.
  4. Affirmation explicite. On révèle ouvertement et directement son orientation sexuelle. Si les bipan le font parfois moins, c’est parce qu’on nous refuse souvent cette stratégie. Si on est célibataire, on va trouver que la révélation n’a pas d’importance, en couple, on va considérer que c’est notre relation actuelle qui compte, et dans tous les cas, on va penser que c’est un étalement inutile de notre sexualité/intimité.

Ces stratégies révèlent la complexité du coming-out, qui est effectivement un processus et pas un acte, et qui dépend de la situation de la personne.

Dans son étude sur un groupe gay et lesbien russe des USA, Fischer constate que le placard est vu comme un espace hybride où l’on passe du « visible » à « l’invisible » pour, d’une certaine manière, survivre[22]. Pour les participant-es, le placard n’est pas un lieu de silence et de dissimulation, c’est une zone de sécurité où peuvent cohabiter des « performances d’hétérosexualité faussée et de non-hétérosexualité ambiguë[23] ». Fischer considère ainsi le placard comme un espace ouvert, contingent, où chacune y met son identité et ses « micro-pratiques matérielles[24] ». Le coming-out est un outil et pas seulement un processus.

Partie III – Privilèges et sursis

V – Privilège du placard

Ces discours sur le coming-out libérateur ou les injonctions à la représentation des célébrités délivrent aussi un narratif sur un prétendu privilège à rester dans le placard. D’un côté, il y aurait une grande euphorie à sortir du placard définitivement, et ne pas le faire entièrement serait délétère. De l’autre, rester dans le placard serait un luxe et permettrait d’échapper à toutes les violences, comme si les mouvements LGBT+ précédents avaient lutté pour rien.

Maliepard explique que parce qu’il n’y a pas de pratiques et de lieux bipan particuliers, on va considérer les personnes bipan comme hétéro jusqu’à ce qu’elles expriment des attirances homo, elles seront alors perçues comme gays ou lesbiennes[25]. Ce n’est donc pas tant de leur fait, ni forcément un choix, qu’iels soient dans le placard. Également, si les bipan ne s’outent pas, c’est parce qu’iels se préoccupent de leur sécurité[26], pour les mêmes raisons que les homos ne disent pas partout et à tout le monde qu’iels sont homos.

Si certain⋅es bipan ne vivent pas les discriminations directes qui visent les couples homos, iels ne vivent pas pour autant la même chose que les hétéros, parce qu’iels ne le sont pas. De la même manière, les gays et les lesbiennes célibataires sont aussi affecté⋅es par les décisions politiques qui visent les LGB, parce qu’iels savent que ça les concerne dans tous les cas, que ces décisions les affectent un jour ou jamais.

Les gays et lesbiennes dans le placard, « caché⋅es » ou célibataires toute leur vie, ne mènent pas une vie de privilèges. Les discriminations directes qui ciblent les couples sont une partie des discriminations LGBphobes, avec les agressions homophobes et violentes, et font partie d’un tout.

Ces agressions ne visent pas uniquement les personnes agressées, ce sont des démonstrations de pouvoir qui visent à terroriser l’ensemble des LGB. Ce sont des actes individuels, mais aussi des mises en garde à toutes les personnes qui ne seraient pas hétéros. Ces menaces ne sont pas moins reçues par les personnes (homo ou bi) en couple hétéro. Il n’y a bien que les hétéros qui ne sont pas viscéralement inquiété⋅es par les agressions homophobes ou les décisions politiques anti-LGB, parce qu’iels savent bien que ça ne les concerne pas.

Ce que vous appelez « le privilège du passing hétéro » n’existe pas pour les bipan. Iels ne sont pas hétéros et le placard n’est pas un privilège. Bien sûr que des bipan peuvent passer pour hétéro, comme certain⋅es homos dans plein de situations différentes, mais ces situations de dissimulation sont des moyens de se protéger d’un milieu homophobe[27]. Les bipan en plus ne veulent généralement pas passer pour hétéro ni être pris⋅es pour des homo, iels veulent passer pour ce qu’iels sont, des bipan[28]. Être bipan et passer pour gay ou lesbienne n’est pas une solution, et c’est toujours une situation de placard pour les bipan.

Selon Siraj, dans le placard, on se prive de droits fondamentaux, d’opportunités et d’avantages sociaux, on perd un sentiment d’appartenance sociale et on peut même renoncer aux relations intimes et à l’amour[29]. Ces constats sont faits pour les gays et les lesbiennes dans le placard, mais iels sont sensiblement les mêmes pour les bipan, qui doivent aussi renoncer à certaines de leurs relations et ne bénéficient pas de l’appartenance à une communauté de soutien. Le placard, quand il n’est pas utilisé comme outil, apporte de l’isolement, des sentiments de honte, de la dissimulation, de la culpabilité, de la peur, de la duplicité dans sa vie[30] et il n’y a pas besoin d’être gay, lesbienne ou en couple homo pour vivre ça.

VI – Exclusion des espaces queers et sursis

Les bipan en couple hétéro sont rarement acceptées dans les communautés homo et sont plutôt considérées comme privilégiées car ayant fait le choix de l’hétérosexualité. Parce qu’on leur fait bien comprendre qu’iels ne sont pas les bienvenu⋅es, iels disparaissent, restent dans leur coin, et parfois même « cochent la case hétéro sur les formulaires[31] ». Ce repli n’est pas une décision qui confirme que ces personnes ne sont pas queer, c’est la conséquence directe de leur rejet. Les bipan ont appris à se dénigrer, à penser qu’iels n’avaient pas besoin de soutien, de communauté.

Cet éloignement existe évidemment pour les bipan qui n’ont jamais eu de relation homo et qui de fait n’ont jamais pensé pertinent de se rapprocher des communautés homo. Mais c’est aussi le cas des bipan qui ont fait partie de communautés homo (de temps en temps out en tant que bipan), qui ont été dans des lieux de socialisation homo, mais qui un jour se retrouvent en couple hétéro. D’une tout autre manière, iels vont s’éloigner de ces milieux, soit en étant convaincu⋅es qu’il n’est plus pertinent pour elleux d’y être, soit en étant poussé⋅es vers la sortie, que ce soit subtilement ou frontalement.

Dans tous les cas, la conséquence est l’exclusion de personnes bipan qui ont besoin d’espaces communautaires pour se comprendre, sociabiliser, discuter avec des personnes qui vivent des discriminations semblables. Ainsi, être bipan dans une communauté homo est un sursis. On nous autorise à y rester uniquement si on se tait, si on ne parle pas de nos relations hétéros, si on ne rappelle pas qu’on est bipan. Nous ne sommes pas les bienvenu⋅es parce que nous sommes bipan, mais nous sommes accepté⋅es seulement parce qu’on nous assigne à l’homosexualité. Cette acceptation a donc des conditions.

Si ce rejet des plurisexualités éloigne toutes les personnes bipan en relation hétéro, il n’est pas non plus un cadre acceptable pour celleux en relation homo ou célibataire. On pourrait innocemment croire que face à cette exclusion, les bipan peuvent toujours se réfugier dans l’hétérosexualité. Mais le monde hétéro n’est pas une communauté de soutien, et y rester est tout autant un sursis, en plus d’être dangereux, car on y est plus exposé à l’homophobie.

Si les bipan ne semblent « acceptables » nulle part, c’est parce qu’on associe les plurisexualités à la tromperie. Les bipan ne sont pas dignes de confiance, on s’en méfie[32]. Si ce rejet est à la base interpersonnel, dans le cadre de relations amoureuses, il devient un rejet plus général dans des contextes plus larges.

Exclure certain⋅es bipan des milieux queer, c’est condamner toustes les bipan à ne pas avoir une place pérenne. C’est faire croire aux bipan en couple hétéro qu’iels ne vivent et ne peuvent vivre aucune discrimination, qu’iels peuvent « juste » se terrer dans le silence et que ce placard est un privilège. C’est faire croire aux bipan en couple homo qu’iels ont le droit d’être avec les queers en tant que bipan, s’iels acceptent aussi de se terrer dans le silence.

Les bipan ne vivent pas la même chose que les hétéros dans le monde hétéro, ni la même chose que les homos dans le milieu homo. Parce que dans les deux cas iels doivent se cacher, peser leurs mots, ne pas s’outer. Les hétéros ont la liberté de dire leurs relations sans jamais cacher une partie de ce qu’iels sont. Les non-hétéros ne peuvent pas le faire partout et c’est à ça que sert une communauté. Mais les bipan qui n’ont pas leur propre communauté sont toujours contraint⋅es de ne pas tout dire. C’est une prison mentale, où nous sommes toujours obligé⋅es de nous cacher. C’est un sursis, où au moindre « faux pas », il faudra rendre des comptes, comme on l’a vu plus tôt avec les célébrités.

VII – Encore et toujours, faire communauté

Je ne peux que réaffirmer la nécessité pour les bipan de faire communauté, de se réunir, de ne pas rester dans des milieux communautaires qui les forcent à se cacher. Aujourd’hui, les choses ont changé et j’ai moins l’impression de donner un coup d’épée dans l’eau en le disant. Ce n’était pas la même chose en 2022 et je suis content que ça bouge.

Le soutien des ami⋅es (surtout bipan) est bénéfique pour la santé mentale, et il y a une certaine difficulté à s’outer auprès des hétéros, voire des homos[33]. La solution toute trouvée est de s’entourer d’autres bi, d’autres pans, pour coconstruire une communauté plurielle et autonome, en capacité de rejoindre les luttes LGBT et toutes les autres luttes.

Ne restez pas dans des collectifs homo (« LGBT ») qui vous maltraitent, rejoignez les cercles de paroles bipan, aidez à en créer de nouveaux, rejoignez les collectifs qui vous acceptent entièrement. N’acceptez plus les situations de sursis, où votre intégration repose sur votre silence et où vous risquez à tout moment l’exclusion. Les communautés servent à s’organiser politiquement, à revendiquer des droits, mais aussi à se retrouver dans des cadres dans lesquels l’on peut être soi-même.


  1. Anderson, Mary K. ; Mavis, Brian E. 1997. Sources of Coming Out Self-Efficacy for Lesbians. Journal of Homosexuality. 32:2. p.38 ↩︎

  2. Johnston, Lon B. ; Jenkins, David. 2003. Coming Out in Mid-Adulthood. Journal of Gay & Lesbian Social Services. 16:2. pp.20-21 DOI: 10.1300/J041v16n02_02 ↩︎

  3. Johnston, Lon B. ; Jenkins, David. 2003. Coming Out in Mid-Adulthood. Journal of Gay & Lesbian Social Services. 16:2. pp.20-21 DOI: 10.1300/J041v16n02_02 ↩︎

  4. Anderson, Mary K. ; Mavis, Brian E. 1997. Sources of Coming Out Self-Efficacy for Lesbians. Journal of Homosexuality. 32:2. p.38 ↩︎

  5. Johnston, Lon B. ; Jenkins, David. 2003. Coming Out in Mid-Adulthood. Journal of Gay & Lesbian Social Services. 16:2. pp.20-21 DOI: 10.1300/J041v16n02_02 ↩︎

  6. McLean, James. 2003. Daily Desires : Everyday Geographies Of Bisexual Men. Simon Fraser University. pp.69-74, 76-77, 127 ↩︎

  7. Maliepaard, Emiel. 2018. Spaces with a bisexual appearance : re-conceptualizing bisexual space(s) through a study of bisexual practices in the Netherlands. Social & Cultural Geography, 21 :1. pp.8-9, 14-15 DOI : 10.1080/14649365.2018.1454979 ↩︎

  8. McLean, Kirsten. 2008. Negociating (Non)Monogamy. Journal of Bisexuality, 4:1-2. pp.83-97. DOI : 10.1300/J159v04n01_07 ↩︎

  9. Nicolazzo, Z. 2014. The (Not So) New Aspects of Coming Out : A Review of Coming Out : The New Dynamics. Journal of LGBT Youth, 12. pp.202-203 DOI : 10.1080/19361653.2014.969871 ↩︎

  10. Di Marco, Donatella ; Arenas, Alicia ; Munduate, Lourdes ; Hoel, Helge. 2015. Coming out strategies of lesbians and gays at work. International Journal of Social Psychology, 30:1. p.126 DOI : 10.1080/02134748.2014.987503 ↩︎

  11. Maliepaard, Emiel. 2018. Spaces with a bisexual appearance : re-conceptualizing bisexual space(s) through a study of bisexual practices in the Netherlands. Social & Cultural Geography, 21 :1. pp.8-9, 14-15 DOI : 10.1080/14649365.2018.1454979 ↩︎

  12. Maliepaard, Emiel. 2018. Spaces with a bisexual appearance : re-conceptualizing bisexual space(s) through a study of bisexual practices in the Netherlands. Social & Cultural Geography, 21 :1. pp.8-9, 14-15 DOI : 10.1080/14649365.2018.1454979 ↩︎

  13. McLean, James. 2003. Daily Desires : Everyday Geographies Of Bisexual Men. Simon Fraser University. pp.69-74, 76-77, 127 ↩︎

  14. McLean, James. 2003. Daily Desires : Everyday Geographies Of Bisexual Men. Simon Fraser University. pp.69-74, 76-77, 127 ↩︎

  15. Siraj, Asifa. 2017. British Pakistani lesbians existing within the confines of the closet. Culture, Health & Sexuality, 20:1. pp.4-5 DOI : 10.1080/13691058.2017.1323349 ↩︎

  16. Siraj, Asifa. 2017. British Pakistani lesbians existing within the confines of the closet. Culture, Health & Sexuality, 20:1. pp.4-5 DOI : 10.1080/13691058.2017.1323349 ↩︎

  17. Matsumunyane, Keneuoe ; Hlalele, Dipane. 2022. Geographies of becoming : exploring safer spaces for coming ou of the closet ! Cogent Social Sciences, 8:1. DOI : 10.1080/23311886.2022.2061685 ↩︎

  18. Fischer, Diana. 2003. Immigrant Closets : Tactical-Micro-Practices-in-the-Hyphen. Journal of Homosexuality, 45:2-4. pp.179-181, 187-188. DOI : 10.1300/J082v45n02_08 ↩︎

  19. Fischer, Diana. 2003. Immigrant Closets : Tactical-Micro-Practices-in-the-Hyphen. Journal of Homosexuality, 45:2-4. pp.179-181, 187-188. DOI : 10.1300/J082v45n02_08 ↩︎

  20. Griffin, Pat. 1992. From Hiding Out to Coming Out : Empowering Lesbian and Gay Educators. Journal of Homosexuality, 22:3-4. pp.167-196. DOI : 10.1300/J082v22n03_07 ↩︎

  21. Di Marco, Donatella ; Arenas, Alicia ; Munduate, Lourdes ; Hoel, Helge. 2015. Coming out strategies of lesbians and gays at work. International Journal of Social Psychology, 30:1. p.126 DOI : 10.1080/02134748.2014.987503 ↩︎

  22. Fischer, Diana. 2003. Immigrant Closets : Tactical-Micro-Practices-in-the-Hyphen. Journal of Homosexuality, 45:2-4. pp.179-181, 187-188. DOI : 10.1300/J082v45n02_08 ↩︎

  23. Fischer, Diana. 2003. Immigrant Closets : Tactical-Micro-Practices-in-the-Hyphen. Journal of Homosexuality, 45:2-4. pp.179-181, 187-188. DOI : 10.1300/J082v45n02_08 ↩︎

  24. Fischer, Diana. 2003. Immigrant Closets : Tactical-Micro-Practices-in-the-Hyphen. Journal of Homosexuality, 45:2-4. pp.179-181, 187-188. DOI : 10.1300/J082v45n02_08 ↩︎

  25. Maliepaard, Emiel. 2018. Spaces with a bisexual appearance : re-conceptualizing bisexual space(s) through a study of bisexual practices in the Netherlands. Social & Cultural Geography, 21 :1. pp.8-9, 14-15 DOI : 10.1080/14649365.2018.1454979 ↩︎

  26. Nelson, Rosie. 2024. Deconstructing the Clinging Myth of ‘Straight-Passing privilege’ for bi+ People. Journal of Bisexuality, 24:3. pp.303-324. DOI : 10.1080/15299716.2024.2332873 ↩︎

  27. Nelson, Rosie. 2024. Deconstructing the Clinging Myth of ‘Straight-Passing privilege’ for bi+ People. Journal of Bisexuality, 24:3. pp.303-324. DOI : 10.1080/15299716.2024.2332873 ↩︎

  28. Nelson, Rosie. 2024. Deconstructing the Clinging Myth of ‘Straight-Passing privilege’ for bi+ People. Journal of Bisexuality, 24:3. pp.303-324. DOI : 10.1080/15299716.2024.2332873 ↩︎

  29. Siraj, Asifa. 2017. British Pakistani lesbians existing within the confines of the closet. Culture, Health & Sexuality, 20:1. pp.4-5 DOI : 10.1080/13691058.2017.1323349 ↩︎

  30. Siraj, Asifa. 2017. British Pakistani lesbians existing within the confines of the closet. Culture, Health & Sexuality, 20:1. pp.4-5 DOI : 10.1080/13691058.2017.1323349 ↩︎

  31. Pallotta-Chiarolli, Maria. 2016. Women in Relationships with Bisexual Men. Bi Men By Women. Lexington Books. p.187 ↩︎

  32. Davids, Christopher M. ; Lundquist, Grace G. 2017. Relationship themes and structures of bisexual individuals. Sexual and Relationship Therapy, 33:1-2. pp.1-2 DOI : 10.1080/14681994.2017.1412421 ↩︎

  33. Ross, Lori E. ; Dobinson, Cheryl ; Eady, Allison. 2011. Perceived Determinants of Mental Health for Bisexual People: A Qualitative Examination. American Journal of Public Health, 100 :3. p.499 DOI : 10.2105/AJPH.2008.156307 ↩︎

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